mercredi 4 novembre 2009
Dense légèreté
A ce moment-là, le soleil réchauffait mes bras, ravivant des sensations déjà oubliées.
Le corps du bébé pesait un peu sur mon dos tandis que je taillais des bambous. Il venait de s'endormir.
Les garçons, juchés dans l'arbre vert, celui qui tache les vêtements, discutaient sérieusement l'issue de leur jeu.
A ce moment précis, je me suis dit que pour rien au monde je n'aurais voulu échanger la vie qui se jouait là.
Et, de même qu'on porte machinalement la main à un talisman, je me suis répété plusieurs fois cette observation. Comme si elle avait le pouvoir de contrebalancer la douloureuse période où j'avais exactement ressassé l'inverse.
samedi 31 octobre 2009
Impudique
Le jour où j'ai décidé que vous auriez un droit de regard sur mes lectures, je me suis sentie nue.
Le jour où j'ai donné mon accord à Katell pour son généreux projet, je me suis sentie impudique.
J'avais longtemps hésité auparavant, interrogé la vertu du procédé, redouté la vanité de l'entreprise.
Aujourd'hui, je ne me sens pas honteuse. Ni vulnérable d'ailleurs. Mais impudique, toujours. Indécente et peut-être indélicate.
Pour moi, est impudique non pas celui qui exhibe ce qui est habituellement caché mais celui qui impose au regard de l'autre plus qu'il n'a demandé. La pudeur ou l'impudeur se jouent dans la relation à l'autre, bien plus que dans le rapport de soi à son corps.
Vous voilà prévenus. Si vous osez cliquer, ne venez pas ensuite vous en plaindre à moi !
(et la concomitance de soucis de santé de M. Tell - pas aux seins, rassurez-vous - me laisse croire que si, suite à ces photos, une seule lectrice se décide à prendre rendez-vous avec sa gynécologue pas rencontrée depuis longtemps, nous n'aurons pas été impudiques pour rien)
dimanche 25 octobre 2009
La roue qui tourne
Ils s'en faisaient une joie, trois tickets rouges après la crêperie.
Elle est montée, son sésame à la main. Déçue que les avions lui soient interdits. Pas exactement interdits, juste inaccessibles à cause de la taille de ses jambes.
Ses deux petits frères hurlaient de joie en décollant à plusieurs mètres du sol. Tandis qu'ils nous lançaient à chaque tour de grands signes joyeux, juchée sur un cheval de bois, elle agitait simplement la main, un sourire un peu triste aux lèvres.
Le sentiment amer de l'ingratitude de sa déception l'empêchait de manifester sa déconvenue.
Le destrier et sa cavalière s'élevaient bien peu. Le cheval - même pas une licorne - ne daignait s'envoler. Sans la légère frayeur qu'elle aurait été fière de vaincre et sans l'émerveillement innocent, le manège pour elle tournait à vide.
Sans griserie, sans ivresse, elle tournoyait et tournoyait encore, désenchantée.
La magie, elle, s'était envolée. Ma fille avait grandi.
dimanche 11 octobre 2009
Au jardin, la nature agonise somptueusement,

avec éclat,

panache,

superbe,

dignité et humilité.

Face à cette débauche de couleurs, je me dis que j'aimerais - au moment voulu -

quitter sans regret les moments heureux

et, à l'instar des Inuits délaissant leur heure venue tribu et chaleur,

avancer droit devant sans me retourner,
et m'enfoncer dans le blanc.
mercredi 23 septembre 2009
Marronnier
Au lointain, sept heures sonnent au clocher du village.
Le rocking-chair se balance, la maisonnée est endormie. Dans la pénombre, il tète paisiblement, sans hâte. Son petit corps chaud se serre contre le mien. Moment de quiétude avant les turbulences de la journée. Le halo de la lampe caresse les éléments éparpillés d'une nature morte au doliprane.
Le rocking-chair se balance régulièrement. Pourtant, dans vingt minutes, je serai partie, filant sur des routes de campagne bordées d'élèves qui attendront leur car. Des lambeaux de coton effilé s'accrocheront aux silhouettes brunes des arbres. Il fera froid et blanc.
Au lointain, sept heures sonnent à nouveau au clocher du village.
Aucun doute, c'est l'automne.

mercredi 16 septembre 2009
Moyen



Forcément, n'être ni le premier garçon ni le dernier, ça n'aide pas. On n'a ni les superbes prérogatives de l'aîné, ni les tendres privilèges du dernier-né. On ne se sent pas tout à fait grand mais on sent bien qu'on n'est plus si petit que ça. On est moyen, quoi.
Un entre-deux bien inconfortable, où les efforts les plus marqués pour se grandir se heurtent aux quolibets du grand frère, toujours en avance. Un entre-deux malcommode comme tout, puisque, quand on se promène à quatre pattes, un parent finit systématiquement par trébucher et par nous ordonner de marcher normalement. Même si on a prévenu qu'on disait qu'on était un bébé.
Si bien que les dernières journées de vacances, elles étaient moyen, le déjeuner à la cantine, moyen lui aussi. Si on est content de retrouver ses copains ? Moyen. De mettre son pantalon préféré ? Moyen. Parfois, on se sent obligé de préciser si c'est plutôt moyen content ou moyen pas content.
Quitter la moyenne section a été une promotion honorable. Parce que la grande section, c'est presque déjà le CP et qu'en CP, on est grand, tout le monde le sait. Moyennant quoi, en attendant d'avoir des devoirs comme les aînés, on joue tranquillement avec les playmobils. Il y a les gentils, les méchants et les moyens.

jeudi 3 septembre 2009
Fournitures de rentrée
- feuillets à petits projets, oeillères interdites
- ardoise conjugale effaçable
- règles rigides
- effaceur d'encroûtement
- buvards de doutes
- cartouches d'énergie (prévoir une réserve)
- pas feutrés couleur pastel pour le matin
- intercalaires à temps libre, coloris indifférent
- règles souples
- organisation grand format, couverture renforcée
... à compléter...
***
édit du lendemain :
"- Bien, alors il y a certaines habitudes que vous avez prises en primaire que vous allez conserver, comme par exemple de lever la main pour demander la parole, et puis d'autres qu'il va falloir changer. Par exemple, désormais, en signe de respect, vous allez vouvoyer les adultes du collège... [une main timide se lève] Charline, oui ?
- Même toi ?"
dimanche 30 août 2009
Automate
C'était un jour de vacances comme les autres. J'étais là à débarrasser la table du petit-déjeuner, à nettoyer le lavabo après m'être brossé les dents, à ouvrir une porte, à faire chauffer de l'eau, à lancer une machine de linge, à penser au menu du déjeuner, à répondre au téléphone, à changer une couche, à plier quelques vêtements, à lire mes mails, à grimacer en riant, à essuyer des traces de doigts, à faire avancer des voitures en plastique, à ranger la table du salon, à donner à la cuillère une purée de légumes, à essuyer une bouche, à chanter une comptine...
En réalité, je n'étais pas là. Moi seule le savais. J'étais ailleurs, ou plutôt à une autre heure. J'étais à lire dans le hamac, à arroser les boutures de rosiers et d'hortensias, à coudre un saroual, à marcher entre les haies couvertes de mûres, à préparer la reprise, à boire silencieusement un thé, à poser une cire argentée sur la peinture finement poncée, à écrire à un ami, à laisser glisser mon corps dans l'eau.
Quelques photos trompeuses me montrent - souriante - auprès du dernier-né qui avait fini de téter. Automate consciencieux, je faisais illusion.
jeudi 20 août 2009

(et ce n'est pas Marie qui viendra me contredire...)
dimanche 16 août 2009
Je me livre
Longtemps, je me suis couchée de bonne heure. 19h30 dernier délai. Avec la permission de lire un peu avant d'éteindre. Je devais certainement avoir conscience de ne pas prendre ce un peu selon la même acception que ma mère puisque, en entendant mes parents aller se coucher, je sortais la lampe de poche pour continuer.
Peut-être est-ce à cette habitude que je dois mon plaisir de lire dans le silence d'une maison endormie, confortablement assise ou immergée dans l'eau chaude. Peut-être est-ce à cette habitude que je dois l'impression diffuse de faire mal quand je lis, ainsi que cette étrange manie de fermer précipitamment mon ouvrage en voyant quelqu'un arriver. Autant dire que je ne supporte pas qu'on lise au-dessus de mon épaule et que je me garde bien de le faire aux autres. Si ce n'est pour connaître le titre tout de même.
Bien sûr, on m'a déjà offert un livre. Je ne me suis jamais écriée, comme paraît-il Mistinguett en son temps : "Quel dommage, j'en ai déjà un !", bien au contraire. Pourtant, on m'en offre de moins en moins, sans doute par crainte de l'erreur. La très grande majorité des livres est empruntée et je n'achète que ceux que je veux relire. Je viens d'ailleurs de lire pour la deuxième fois L'Invitation à la vie conjugale d'Angela Huth dont j'apprécie le ton grinçant et caustique. Je ne saurais en dire plus car je n'aime pas parler de mes lectures. D'autres le font beaucoup mieux et je me sens incompétente. M. Tell lit tout ce que j'ai apprécié et inversement (à l'exception toutefois des opuscules de La Musardine, lectures que je me garderai bien d'avouer de toute manière).
Pas de séries mais j'épuise mon adoration d'un auteur donné par la lecture de son oeuvre intégrale. Il me faut aller au bout de sa démarche, découvrir quelques tics d'écriture, des défauts de construction, une propension au bavardage pour être enfin à même de passer à un autre. Je ne cherche pas à rencontrer les auteurs que j'admire tant je crains d'être déçue.
Si un livre ne m'apporte rien, je l'abandonne. A vrai dire, je me soucie comme d'une guigne de l'histoire racontée ; si trois phrases m'ont paru éclairantes et bien tournées, je suis satisfaite. Belle du Seigneur, voilà un roman qui m'a marquée, et je me souviens parfaitement de l'été où je l'ai lu. Il faisait chaud et la manière qu'a Cohen de mettre en scène les clichés m'a accompagnée des jours durant. La longueur ne m'est pas un frein. Pourtant, j'ai abandonné moult fois La Recherche alors que j'ai raffolé de certains longs extraits.
Quand, à 20h30, nous embrassons notre fille et que M. Tell l'enjoint à ne pas lire trop longtemps avant d'éteindre, je souris et répète la recommandation, en insistant bien sur le trop, sachant qu'elle seule saura découvrir quelle signification lui donner.
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Le Chat a voulu que je réponde à ce questionnaire et puis mon cher Valclair aussi. Une fois n'est pas coutume, j'ai obtempéré. Pardon pour tous ceux auxquels je n'ai pas répondu.
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Bilan de mes bonnes résolutions de juin :
je réponds aux tags - et aux mails - (les mails attendront encore un peu)
je publie un billet par jour (promesse tenue - deux jours)(il n'y a pas à dire, ce n'est pas mon rythme)(un billet par semaine, voire deux, voilà qui me convient)
je réponds rapidement aux commentaires (sur ce coup-là, je suis assez fière)
je cesse de ne parler que d'enfants (j'ai tenu deux jours aussi)
[comme quoi... Telle ne ment pas toujours...]



