Telle

...

dimanche 11 mai 2008

Patine, première !

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... des précisions à l'annexe.

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jeudi 8 mai 2008

Quiétude

IMG_5274Quand il a décrété d'un ton péremptoire que c'était l'heure de dormir, j'ai fermé les yeux. Quelques secondes seulement avant de les ouvrir. Prudent et méfiant, il me fixait. Il a répété doucement mais fermement que c'était l'heure de dormir. Et il m'a montré comment faire en plissant exagérément ses paupières. J'ai alors obtempéré l'espace d'un instant avant de subrepticement commencer à entrouvrir l'oeil gauche. J'ai vu son air surpris et son visage intrigué se rapprocher peu à peu du mien, devenir énorme, puis flou. Il se penchait sur ma poitrine, observant les infimes battements de mes cils, aussi préoccupé qu'un praticien novice incapable de formuler un diagnostic sûr.

Tout à coup, j'ai ouvert tout grands les deux yeux, il a sursauté et nous avons éclaté de rire. Mais c'était vraiment l'heure de dormir. Alors, pour me faire plaisir, il m'a donné sa tiquette, celle du côté de sa couverture et m'a montré comment glisser mon doigt dedans. Comme elle lui manquait quand même un peu, il a commencé à m'effleurer le doigt en précisant qu'on disait que c'était un bébé chien et qu'il fallait lui faire des caresses. J'ai senti peu à peu sa main devenir moins alerte, plus gourde et enfin immobile. Son pied nu s'est faufilé entre les draps pour se poser sur ma jambe. Son autre main s'est agrippée à mon pull. Sa respiration régulière a consenti à baliser le chemin fuyant de mes songes.

En Cac-écho

Et quand je ne dors pas, je fais ça.

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lundi 5 mai 2008

Escapade matinale

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Le réveil a sonné. J'ai ouvert tout grands les lourds volets. Le chat s'est furtivement glissé dans la chambre. J'ai humé l'air que la nuit avait blanchi. Les arbres s'emmitouflaient d'un halo blême et poudré. J'ai frissonné. Rose tendre, bleu indigo et blanc crémeux se préparaient à éclore. Je me suis hissée sur le rebord de la fenêtre et me suis introduite dans le cadre. L'herbe humide a mouillé mes pieds.

 

lundi 28 avril 2008

La spatule pyrogravée

spatuleLe déjeuner s'étirait, les jambes s'allongeaient et les chaises se rapprochaient quand mon oncle a soudain évoqué la maison de ma grand-tante dont il a hérité.

Tandis que les garçons rassemblaient en collines ou en plaines des centaines de graviers gris et que M. Tell parlait plomberie, isolation et charpente avec mon oncle, ma fille glissa sa main dans la mienne et, entre les gravats et les cloisons abattues, nous ressuscitâmes la cheminée qui chauffait ses vieilles jambes lors des soirées d'hiver, le buffet en formica où elle rangeait les biscuits du dimanche, le placard à jouets et son abeille aux ailes tourbillonnantes, et même la porte à bouton de porcelaine qu'il fallait pousser bien fort.

Dehors, le poulailler avait disparu sous un amas de tuiles. Buanderie, graineterie et laiterie laissaient seulement affleurer leurs dalles de ciment usé. Une vieille bassine de zinc attira mon attention, ainsi que le sourire étonné de mon oncle.

Seule subsistait la cave.

Devant la lourde porte à la peinture écaillée, je me revis, enfant, toujours inquiète de pénétrer dans cette pièce plongée dans une perpétuelle obscurité. On devait avancer prudemment sur le sol en terre, uniquement guidé par les rais de lumière jaillissant des interstices entre les lames de bois. C'était, je me souviens, le repaire des hommes qui, un verre à la main, y venaient goûter à la fraîcheur autant qu'au vin nouveau. C'était là que j'avais sauté à pieds joints sur le raisin, dans le grand pressoir.

Mon oncle fit tourner la lourde clef et, me désignant une commode chargée de vaisselle, me dit gaiement "Sers-toi !". Ma fille ouvrit des tiroirs et, de "oh !" en "ah !", demanda si elle aussi pouvait emporter quelque chose. Elle porta son dévolu sur un pichet jaune décoré d'oiseaux (qui lui valut une allusion à l'anecdote de la mariée quand elle me demanda si je le trouvais beau) et sur un minuscule service à cognac. De mon côté, je découvris le service entier assorti à un plat recueilli chez ma grand-mère et qui, selon toute vraisemblance, faisait partie du trousseau de mon arrière grand-mère pour ses noces au début du siècle dernier. Qu'il fût la réplique - ou plutôt l'original - de la vaisselle aperçue dans une de mes boutiques favorites ne gâchait rien à l'affaire. A chaque nouvel objet, je craignais un refus mais n'obtenais qu'encouragements. M. Tell vidait subrepticement le coffre de la voiture au fur et à mesure que je le remplissais...

Avant de quitter la cave, j'ouvris un dernier tiroir et y distinguai une spatule en bois maladroitement pyrogravée. Usée à force d'avoir tourné les crèmes et retourné les poissons. Elle l'avait gardée ! C'était la spatule que je lui avais offerte, enfant. A elle qui n'en avait pas eu.

...

Ps : et, encore, du nouveau à l'annexe !

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lundi 21 avril 2008

Un accroc dans la robe de mariée

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Nous avons décidé de marcher jusqu'à la boulangerie. Un attroupement s'était formé sur la route, le rond-point devant l'église était noir de monde. Il a fallu se faufiler entre les enfants en blanc, les dames en tailleur crème et les hommes à l'air emprunté dans leur costume. Et même entre les commerçants du quartier qui avaient pour l'occasion franchi le seuil de leur boutique. Evidemment, nous nous sommes arrêtés. Une voisine m'a glissé : "Regardez donc son panier de fleurs, une merveille ! C'est la nouvelle fleuriste qui l'a fait !" J'ai eu beau tendre la tête, je ne voyais qu'épaules sombres et étoles transparentes. Nous avons donc continué notre chemin, fendant la foule guillerette, jusqu'à nous retrouver de l'autre côté. Un couple de mariés prenait la pose.

Si mon premier fils n'avait d'yeux que pour les garçons de son âge qui couraient en tous sens, mon deuxième restait en arrêt, comme pétrifié, tandis que ma fille laissait glisser son regard émerveillé sur les plis et détails de la robe à crinoline. Etoffe écrue enlaçant une taille fine, bustier savamment lacé et chignon délicat. Une princesse.

Et soudain, l'accroc. Comme quand le disque rayé ralentit lamentablement et laisse entendre une épaisse voix gutturale, fantôme sombre de la gracile chanteuse. "Hey, les mecs, ramenez-vous pour la photo ! Et plus vite que ça ! Alleeeeeez !" a-t-elle lancé d'une voix éraillée, accompagnant sa courte harangue d'un rapide et ample geste du bras. 

Nous avons continué en silence jusqu'à la boulangerie. Elle avait brisé notre enchantement.

PS : Du nouveau à l'annexe.

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lundi 14 avril 2008

Tapis magique

chariotC'était aujourd'hui le jour du grand ravitaillement. Après avoir déposé les deux grands chez leurs camarades de classe, je me suis retrouvée à arpenter les surabondantes allées d'un hypermarché. Petit dernier, assis dans le siège du chariot, n'en perdait pas une miette, son quignon de pain à la main.

Il ne savait pas que, dans ce sanctuaire de la consommation, n'ont plus cours les règles habituelles de politesse. Voilà pourquoi, dix secondes après avoir lancé un vaillant "Bonzour madame" resté sans réponse, il a cru bon de préciser haut et fort : "Est pas polie la madame, a pas dit bonzour et moua ai dit bonzour".

Il ne savait pas qu'avec sa langue bien pendue, peu de gens se seraient risqués à l'enlever si bien qu'il criait en riant, dès que je m'éloignais de deux mètres en lui tournant le dos : "Mamaaaaaaan, est quelqu'un i veut voler mouaaaaaaaaaa !".

Il ne savait pas que le quadragénaire qui s'approchait de lui tandis que je déposais les commissions sur le tapis roulant ne venait pas simplement pour lui tenir compagnie. Et comme celui-là mâchait ostensiblement devant lui, il s'est senti obligé de lier conversation : "Est quoua y manzes, toua ?". Confus et légèrement rougissant, l'homme a montré un paquet de bonbons. "Et pourquoua y manzes ça ?" ajoutait-il tandis que, sachant l'art de déguster les carrés de chocolat sans bouger les muscles du visage, je cachais mon hilarité derrière mes cheveux.

Pourtant, il a su mettre sur le tapis la vilaine grande soeur d'Audrey la caissière. Il a su convoquer le souvenir de Georgette et Huguette, grand-mères parties de l'homme invalide qui venait d'arriver derrière nous. "Y s'appellent comment tes mamies à toua ?... Est parties où ? ... Y va revenir quand ?"

Autour du tapis, nous nous sommes regardés tous trois - émus - et nous nous sommes souri. Elles étaient revenues.

Billet dédié à quelqu'un qui me plaît de plus en plus et dont le message, reçu en rentrant des courses, me disait qu'avec les enfants, "la magie ne surgit généralement que dans les moments les plus inattendus".

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vendredi 11 avril 2008

Le goût salé de la liberté

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Cet après-midi, en sortant de l'école

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lundi 7 avril 2008

Au bonheur des dames

parfumPour répondre à mon désir, la jeune vendeuse pimpante s'est effacée pour laisser place à une maquilleuse. La quarantaine assumée, blouse noire, et maquillage lumineux, cette blonde élégante m'a demandé quel fond de teint je cherchais. Après avoir parlé matité, couvrance, imperfections, effet masque et pigments jaunes, nous nous sommes dirigées vers le stand Bobbi Brown où elle m'a gratifiée d'une présentation en règle des avantages des divers produits. Je l'ai aussitôt questionnée pour savoir si elle représentait la marque et ma franchise a dû lui plaire car le ton de notre échange s'est imperceptiblement modifié. Inquiète face au maniement du fond de teint en stick qu'elle me conseillait, je me suis retrouvée juchée sur une chaise au milieu du magasin, ses doigts agiles s'affairant sur ma peau. Pendant qu'elle m'apprenait à poser le blush, nous évoquions pour en rire le maquillage des années 80. Dans le miroir, mon visage au teint unifié ne semblait même pas maquillé. "Beaucoup de personnes essaient de masquer à tout prix leurs petites imperfections si bien qu'on ne voit que ça alors qu'il est préférable de mettre l'accent sur les atouts". Je me suis fait la réflexion que l'on aurait tout aussi bien pu lire sa maxime dans 365 pensées  : la voie du bonheur.

Mon fond de teint à la main, j'ai pris place dans la file devant la caisse. En apercevant les papiers bleus de certaines clientes, j'ai compris qu'une opération spéciale était en cours. Je me suis retournée et ai demandé à la charmante brune qui me suivait ce qu'il en était. "Ah oui, vous avez 20% de réduction sur votre article préféré ?" "Non, sur tout le magasin !" Ni une ni deux, nous voilà à ourdir un économique stratagème. Munie d'argent liquide, je l'ai attendue à la sortie et, avec des airs de conspiratrices, nous avons commis notre forfait. Aussi enchantées l'une que l'autre, nous avons un peu devisé avant de nous quitter, la mine ravie.

Longtemps - sans doute pour avoir vécu deux ans dans un foyer de jeunes filles tenu par des religieuses - j'ai affirmé à qui voulait l'entendre que je préférais la compagnie des hommes. Soi-disant plus droits, plus honnêtes, plus simples. Depuis peu, je goûte à la sensibilité raffinée des conversations féminines, à la douceur des plus infimes attentions, au charme ténu des abandons.

jeudi 3 avril 2008

Reconnaissance

IMG_4358C'était l'heure. Il n'arrivait pas. Ma fille prenait son petit-déjeuner et me parlait. Je l'entendais à peine, incapable de manger autant que de rester en place. Je ne m'asseyais que pour me lever d'un bond et regarder par la fenêtre. Dix minutes. Vingt minutes.

Lui, si ponctuel... et qui savait que je l'attendais pour pouvoir partir. Trente minutes.

Et soudain cette certitude de l'accident. Quarante minutes.

Une voix dans la cuisine, ma fille salue le retour inattendu.

Le contour de son corps devant mes yeux, inespéré, inouï, inaccoutumé. Plus incongru que familier.

Revenu de loin, miraculeusement réincarné devant moi.

mardi 1 avril 2008

Dormeuse

Pour réveiller ce blog, troisième billet du tag "petits plaisirs". Billet resté en plan, griffonné sur le recto d'une feuille de brouillon.

la_m_ridienneJ'aime dormir. Est-ce pour cela que je dors peu ? Non, au contraire, j'aime dormir depuis que je dors peu. Peut-être simplement à cause du moment fugace où l'on bascule dans l'ailleurs.

J'aimais m'endormir en allaitant et être réveillée par des petits bruits de succion.

J'aimais dormir avec ma fille, à cette époque révolue où nous faisions la sieste ensemble, nos jambes entremêlées, pendant que ses frères dormaient.

J'aime quand mon dernier fils assoupi caresse mon visage et enlace mon cou de ses bras. Et quand je serre fort ce petit corps enveloppé dans un moelleux pyjama de velours.

J'aime somnoler dans le lit de mon fils aîné, mes jambes devenant des montagnes abruptes à l'assaut desquelles se lancent ses vaillants chevaliers.

J'aime perdre conscience quelques minutes, allongée sur le canapé, et réentendre soudain les "A l'attaque !" et autres "On dirait que... " familiers.

J'aime au réveil sentir le soleil chauffer mon épaule et entendre le régulier ronronnement du chat.

J'aime rester allongée dans le hamac, secouée par les coups de museau du chien qui vérifie si la place est occupée.

J'aime retrouver le froid glacé du dehors quand M. Tell rentre au petit matin, laisser sa fraîcheur se réchauffer à ma chaleur et puis me lever.

Crédit photo : détail de La Méridienne ou la sieste de Jean-François Millet (1889-1890). Sur le sommeil et la sieste, un site à découvrir.

Je réinvestis donc les lieux, délaissés depuis trois semaines : il me fallait mener à bien un projet qui est comme le point final d'un travail commencé il y a huit ans. Des heures et des heures grappillées sur tout le reste, un ordinateur connecté à internet sans aller visiter bloglines de la journée - inimaginable - et puis l'angoisse de ne pas terminer à temps jointe à la culpabilité d'avoir reporté au lendemain pas mal de détails. Et, hier, à la poste, quand j'ai fait peser le paquet - presque deux kilos - et que je l'ai abandonné, je me suis soudain physiquement sentie plus légère, plus alerte, plus vive. Vivante.   

Du nouveau à l'annexe.

Posté par telle à 12:42 - ... aux nombreux plaisirs - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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