Telle

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jeudi 8 mai 2008

Quiétude

IMG_5274Quand il a décrété d'un ton péremptoire que c'était l'heure de dormir, j'ai fermé les yeux. Quelques secondes seulement avant de les ouvrir. Prudent et méfiant, il me fixait. Il a répété doucement mais fermement que c'était l'heure de dormir. Et il m'a montré comment faire en plissant exagérément ses paupières. J'ai alors obtempéré l'espace d'un instant avant de subrepticement commencer à entrouvrir l'oeil gauche. J'ai vu son air surpris et son visage intrigué se rapprocher peu à peu du mien, devenir énorme, puis flou. Il se penchait sur ma poitrine, observant les infimes battements de mes cils, aussi préoccupé qu'un praticien novice incapable de formuler un diagnostic sûr.

Tout à coup, j'ai ouvert tout grands les deux yeux, il a sursauté et nous avons éclaté de rire. Mais c'était vraiment l'heure de dormir. Alors, pour me faire plaisir, il m'a donné sa tiquette, celle du côté de sa couverture et m'a montré comment glisser mon doigt dedans. Comme elle lui manquait quand même un peu, il a commencé à m'effleurer le doigt en précisant qu'on disait que c'était un bébé chien et qu'il fallait lui faire des caresses. J'ai senti peu à peu sa main devenir moins alerte, plus gourde et enfin immobile. Son pied nu s'est faufilé entre les draps pour se poser sur ma jambe. Son autre main s'est agrippée à mon pull. Sa respiration régulière a consenti à baliser le chemin fuyant de mes songes.

En Cac-écho

Et quand je ne dors pas, je fais ça.

Posté par telle à 22:27 - ... et une maman - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

C'est doux comme un vol de papillon... comme le sommeil d'un tout petit qui sait comment l'installer avec ses rituels... j'aime le petit doigt dans la tiquette...

Posté par Cécile, jeudi 8 mai 2008 à 23:15

Cécile, c'est encore plus mignon avec le son et le zozotement (que j'ai souri quand il m'a annoncé, tout malheureux, aujourd'hui qu'il avait un seveu sur la langue, un vrai cette fois !).

Posté par telle, jeudi 8 mai 2008 à 23:18

J'aime beaucoup regarder les enfants s'endormir, guettant le moment précis ou la conscience disparait, laissant place à une quiétude totale, une confiance infinie en son entourage. Malheureusement, ce spectacle m'est de moins en moins offert. Dommage...

Posté par berlioz, vendredi 9 mai 2008 à 00:25

c'est que c'est pas facile à endormir une maman, souvent ça renacle, affirme qu'il n'est pas tard et qu'elle n'est pas fatiguée, ou bien veut encore bloguer un peu, ça invente quelques tâches urgentes pour repousser le moment effectif du coucher. Il faut rester ferme, la forcer à fermer les yeux, la tenir pour pas qu'elle s'échappe, et alors vous avez une chance de réussir à l'endormir.

Posté par tirui, vendredi 9 mai 2008 à 00:37

Hmm, un texte savoureux ! J'ai vraiment cru senti sur ma cuisse le petit pied frais, je l'ai presque vu plisser les yeux, j'ai éclaté de rire avec vous... :)

Posté par caco, vendredi 9 mai 2008 à 07:33

A ce petit jeu, mes enfants ont souvent réussi à m'endormir. Heureusement que leur père veillait! J'aime beaucoup la finesse de ton tableau, et cette toute petite main qui s'accroche au pull de maman. Souvenir, souvenir...

Posté par Kimikko, vendredi 9 mai 2008 à 09:04

C'est très beau un enfant qui dort et ça l'est encore plus quand on le voit tomber dans le sommeil je crois.

Posté par Audrey, vendredi 9 mai 2008 à 09:17

Alors, c'est pas toujours si pire d'être parent, finalement ?...
Bise, douce sirène ! :-)

Posté par Le p'tit crobard, vendredi 9 mai 2008 à 09:55

Ton texte me fait penser aux "moments de tendresse pure" que je partage avec mes enfants. Je les savoure aussi bien que tu les racontes, mais j'ai beaucoup de mal à les raconter car ils me semblent trop beaux et trop précieux pour être partagés.

Posté par Nevrosia, vendredi 9 mai 2008 à 19:57

On parlait de greniers chez la voisine ;-). Il faudrait que je retrouve ce vieux livre craspec de notre mère, un manuel d’éducation écrit par une sorte de Révérend Père Dophil (merci de Caunes) qui, sous peines des flammes de l’enfer, proscrivait toute sorte de contact physique entre parent et enfant qui pût ressembler, même à 1000 km, à une caresse. Il ressusciterait d’entre les morts pour venir vous lire, il remourrait tout de suite !

Heureusement, les manuels à l’usage des mères n’étaient pas tous écrits par des tapés de cette eau bénite. Lisez ce que disait, dans les années 50, Paulette Etavard, chroniqueuse dans une publication d’action catholique rurale :

"Un tout-petit a besoin de tendresse"

Il fut un temps où, sous prétexte de puériculture scientifique, l'on interdisait dans les nurseries modernes tout contact entre bébés et infirmières. Seuls la hantise du microbe et le poids des rations alimentaires dominaient les préoccupations. L'on s'aperçut alors avec stupeur que ces petits poupons, élevés avec tant de soin, poussaient infiniment moins bien que ceux laissés dans leurs familles. Et ceci même si les familles étaient pauvres, voire même misérables, et leur hygiène douteuse. Les bébés de pouponnières, privés de la tendresse d'une maman, se révélaient moins forts, moins adroits, moins éveillés, parlaient et marchaient plus tard que les petits « poulbots » élevés à la diable. Quelle bette revanche de l'amour maternel ! La science inventa même un mot nouveau pour désigner le mal étrange qui retarde le développement de ces petits enfants sans affection : on dit qu'ils font de l'hôpitalisme.
Non. On ne peut pas faire de l'élevage de petits d'hommes. Le bébé n'est pas non plus une plante qu'il suffit « d'arroser de lait » pour la faire pousser. C'est un petit être infiniment plus complexe qui a d'abord besoin de se sentir aimé.

Posté par PMB, samedi 10 mai 2008 à 10:54

Berlioz, c'est un spectacle qu'il te sera sans doute donné de revoir dans els dix prochaines années, non ? Tu as raison, cet endormissement est une forme d'abandon confiant à l'autre.

Tirui, tu me fais sourire. Tu brûles ! sauf que là c'était la sieste et que, justement, comme une maman ça ne veut jamais aller se coucher le soir, au moment de la sieste, ça file droit au lit !

Caco, échange de bons procédés, dirons-nous...

Kimikko, sois la bienvenue ici, merci (grand sourire). Chez nous aussi le père veillait (les plus grands).

Audrey, beau de voir ses traits se détendre totalement et émouvant de sentir sa petite respiration devenir plus forte et l'emmener loin du monde.

Le p'tit crobard, oh que non ! C'est même souvent plus mieux que plus pire...

Nevrosia, de mon côté, je me dis qu'ils sont trop beaux et trop précieux pour être oubliés (par moi en tout cas). Mais je comprends très bien ce que tu dis, cette peur de transgresser leur intimité à eux.

PMB, ton commentaire me touche. J'ai aussi retrouvé un jour un vieux manuel d'éducation et me suis offusquée à chaque page. Même dans les années 60, il fallait éviter de prendre trop l'enfant dans les bras pour ne pas l'habituer. J'ose naïvement croire qu'ils voulaient dire que l'écharpe de portage était préférable pour le dos des parents. ;-) Bref, totalement en phase avec ce que tu écris, vas voir mes billets des 13 et 18 juin 2007 si tu veux.

Posté par telle, samedi 10 mai 2008 à 13:24

Bin, je cherche la même besace mais dans les tons orange, c'est fou ça!

Posté par zaboutek, samedi 10 mai 2008 à 16:09

Oui, Zabougonde, c'est fou... (euh, c'est une demande ?)

PMB, correction orthographique : lire "va voir" et non "vas", je le sais pourtant !

Posté par telle, samedi 10 mai 2008 à 16:34

Ma maman ne devait pas lire les manuels et s'en tenir à ce qu'elle ressentait comme naturel. Quand mon papa partait en cure ou en stage, on avait droit à chacun une nuit avec elle, et même si on allait dormir avant elle, je me souviens du bonheur de l'endormissement dans le grand lit, et des câlins dont aucune prose malsaine ne pouvait la priver.

Posté par Ed, samedi 10 mai 2008 à 16:49

PS : et pourtant j'ai été élevée dans les années 60 ! (et même un tout petit peu avant...)

Posté par Ed, samedi 10 mai 2008 à 16:49

Si joli texte.
Mon ourson certains jours aime l idée de s endormir près de moi. Les doigts bien enfoncés dans mes cheveux, j aime j aime. Quel bonheur d être mère...

Posté par laure, dimanche 11 mai 2008 à 12:08

Bon dimanche !

Posté par Tietie007, dimanche 11 mai 2008 à 13:30

je peux commander??

Posté par zaboutek, dimanche 11 mai 2008 à 17:50

Ed, je ne doute pas que certaines mamans des années 60 (et avant) laissaient parler leur coeur et non les manuels des pseudo-savants, heureusement d'ailleurs !

Laure, sois la bienvenue, oui, quel plaisir...

Merci Titie, toi de même ! c'est presque un samedi même...

Zaboutek, si tu veux mais il va falloir être patiente dans ce cas ;-)

Posté par telle, dimanche 11 mai 2008 à 19:49

Je peux l'être:-}}}

Posté par zaboutek, dimanche 11 mai 2008 à 20:06

Dans ce cas, écris-moi par mail exactement ce que tu veux, couleurs, dimensions, matières... et je te la ferai en juin !

Posté par telle, dimanche 11 mai 2008 à 21:04

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