jeudi 8 mai 2008
Quiétude
Quand il a décrété d'un ton péremptoire que c'était l'heure de dormir, j'ai fermé les yeux. Quelques secondes seulement avant de les ouvrir. Prudent et méfiant, il me fixait. Il a répété doucement mais fermement que c'était l'heure de dormir. Et il m'a montré comment faire en plissant exagérément ses paupières. J'ai alors obtempéré l'espace d'un instant avant de subrepticement commencer à entrouvrir l'oeil gauche. J'ai vu son air surpris et son visage intrigué se rapprocher peu à peu du mien, devenir énorme, puis flou. Il se penchait sur ma poitrine, observant les infimes battements de mes cils, aussi préoccupé qu'un praticien novice incapable de formuler un diagnostic sûr.
Tout à coup, j'ai ouvert tout grands les deux yeux, il a sursauté et nous avons éclaté de rire. Mais c'était vraiment l'heure de dormir. Alors, pour me faire plaisir, il m'a donné sa tiquette, celle du côté de sa couverture et m'a montré comment glisser mon doigt dedans. Comme elle lui manquait quand même un peu, il a commencé à m'effleurer le doigt en précisant qu'on disait que c'était un bébé chien et qu'il fallait lui faire des caresses. J'ai senti peu à peu sa main devenir moins alerte, plus gourde et enfin immobile. Son pied nu s'est faufilé entre les draps pour se poser sur ma jambe. Son autre main s'est agrippée à mon pull. Sa respiration régulière a consenti à baliser le chemin fuyant de mes songes.
Et quand je ne dors pas, je fais ça.


