Telle

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mardi 23 décembre 2008

Pêcher les fulgurances

p_cheur

Un rêve qui m'a encouragée au réveil à me projeter dans neuf mois d'ici.

La résonance du gong annonçant le premier repas, qui vibre longtemps en moi.

Une cabane de soie, de bois et de mousse d'où déboulent trois enfants tout fiers de s'être habillés seuls pour faire une surprise.

Les bougies du petit-déjeuner soufflées sans dispute préalable, deux chacun.

Monsieur Tell qui tient à aller dans les magasins bondés accompagné des trois enfants pour me laisser me reposer.

L'aide spontanée de ma soeur pour un cadeau de dernière minute. Les chaussons taille adulte que je couds en secret pour l'autre soeur.

Ce nouveau thé, dont j'attendais force et vigueur, qui m'a déroutée par sa simple pureté - à l'image de ma relation avec celui qui me l'a offert.

La longue et trop précise liste de victuailles que j'avais établie, retrouvée scrupuleusement barrée, et la voix de ma fille qui me murmure que son père a demandé l'aide d'au moins dix personnes pour être certain de ne pas se tromper.

La course avec les enfants, eux au rangement de la salle, moi à la vaissselle, avec pour enjeu la lecture de trois histoires avant de dormir. Sur la pointe des pieds, leur observation minutieuse et régulière du contenu de l'évier. Les piles de livres rangés par taille sur la table du salon.

Dans la nuit, les coups de klaxon de Monsieur Tell partant travailler.

La lecture presque rituelle de Boréal-Express. Des enfants qui vérifient le texte en fronçant les sourcils quand je lis "tintinnabulant". Qui cavalent dans le couloir pour simuler la course des rennes au moment où décolle le traîneau. Une grande fille qui veut y croire envers et contre tout mais qui, quelques instants plus tard, me demande en secret s'il y a bien des playmobils cette année.

Trois chants de Noël entonnés autour de mon ventre qui remue à tout va sous six petites mains.

Mon fils aîné qui répète comme chaque soir que je suis la meilleure des mamans, que j'essaie de dissuader de cette illusion et qui persiste dans son aveuglement.

L'image des deux garçons allongés dans leurs lits superposés, et que j'ai tout à coup vus adolescents.

Le mail d'une amie qui deviendra mère dans quelques heures ou dans quelques jours.

, une mère bouleversée de voir sa fille commencer à travailler, et qui se répète qu'elle a grandi, qu'elle n'est déjà plus son bébé.

Et cette citation d'Henry de Montherlant reçue avant-hier et qui résonne en moi : "On peut éprouver une telle joie à faire plaisir à quelqu'un qu'on ait envie de le remercier".

Je vous souhaite à vous tous qui passez par là de douces fulgurances pour Noël.

Edit du 28 décembre : Petit hérisson est né hier, une naissance peut-être pas foudroyante mais la joie, étincelante.

Posté par telle à 04:27 - ... aux nombreux plaisirs - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


mardi 16 décembre 2008

Enfantasme

princesseIl vous faudra d'abord un dimanche lent et nonchalant, un dimanche sans invités ni sortie, un dimanche où on peut hardiment répondre à son père que maman veut bien qu'on reste en pyjama toute la journée.

Prenez ensuite trois jeunes enfants aux rêves de fiers destriers et d'acier tintinnabulant ; équipez-les sommairement d'épées de bois et laissez-les mijoter pendant une heure.

Gardez votre sérieux en les voyant défiler autour de la table avant de se présenter gaillardement, Jean de Synthèse côtoyant Ivanhoé et le duc de Windsor.

Laissez reposer quelque temps.

Quand vous entendrez la plus âgée suggérer aux plus jeunes qu'elle, elle serait la reine et qu'eux, ils seraient les chevaliers, vous pourrez encore sourire béatement. Quand elle aura précisé à ses frères qu'ils voudraient toujours lui toucher les seins et faire des bébés avec elle tout ça tout ça, remémorez-vous sur-le-champ les derniers films qu'elle a regardés.

Gardez votre calme et manifestez votre présence aux premiers "Non, Monsieur, oh nooooooooooon !". Transvasez le tout dans un bain rafraîchissant.

Posté par telle à 18:09 - ... et une maman - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 10 décembre 2008

Sang-liés


Découvrez Le Rallye-cor De Montmélian!

C'était un dimanche, il y a presque deux mois. Le chien qui s'est soudain mis à aboyer, les moutons à bêler et des voix inconnues à crier. Avec un couple d'amis, nous finissions une tarte au chocolat et aux épices. Je suis sortie, vite suivie des enfants. Des taches mouvantes d'un jaune voyant apparaissaient et disparaissaient à travers la haie qui sépare notre terrain du pré des vaches. Nous avons marché jusqu'à la lisière du pré des moutons. Eux d'habitude si craintifs recherchaient notre rassurante compagnie et nous suivaient à la trace. Les enfants non plus n'étaient pas très rassurés ; des cris rauques, des sifflets et des aboiements de meute emplissaient l'atmosphère.

Un jeune homme a alors surgi du champ de maïs, a sauté la barrière et, suivi de quelques chiens, s'est approché du bassin rempli d'eau dans lequel il les a encouragés à plonger pour se rafraîchir. Il a appelé, encore et encore, hurlant le nom des chiens manquants. Il a fait sonner sa trompe de chasse dont la voix puissante et désespérée m'a transpercée en me grisant. Il portait un couteau au côté droit.

Une harde d'une dizaine de sangliers dans le petit bois, juste derrière chez nous. Une laie et ses nombreux petits, qu'il fallait laisser vivre. Peur à ses chiens, la moitié manquait.

Un homme plus âgé est arrivé en courant et, obéissant aux ordres, s'est posté là. Il gardait lui aussi son fusil ouvert et attendait en discutant tranquillement.

Le spectacle nous hypnotisait, sans doute moins toutefois que nous envoûtait le choeur de ces voix, de ces appels, de ces cris graves et de ces aboiements qui disaient tantôt la crainte, tantôt la furie meurtrière, tantôt la nécessité de préserver son bien - cultures ou progéniture.

A chaque instant, à peine protégés par deux rangs de grillage, nous nous attendions à voir surgir une de ces grosses bêtes farouches, dense incarnation de la force brute et de la sauvagerie. Emportée par ce délire assassin, je ne savais plus très bien si je souhaitais la victoire de l'homme ou celle de l'animal.

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C'était mardi dernier, il y a une semaine. Elle a surgi inopinément.

Des voix connues se sont soudain mises à crier. Le frère contre la soeur, la soeur contre le frère. Les enfants, d'habitude si confiants, se sont rapprochés de moi.

Elle voulait protéger son bien qui ne pouvait plus l'être ; lui ne voulait pas être pris pour une truffe. Elle a saccagé notre territoire. Il l'a touchée. 

Toute de soie vêtue, échevelé, elle a hurlé que nous voulions sa mort.

Les enfants sanglotaient, le bébé s'inquiétait.

Depuis, ma bête noire, c'est elle.

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vendredi 5 décembre 2008

Mon automne (qui a osé lire monotone ?)

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Posté par telle à 23:08 - ... aux nombreux plaisirs - Commentaires [31] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 2 décembre 2008

Sabbat

Ainsi, il y eut un soir - bruit de papier froissé et parfum de conspiration - où trois enfants, une longue rose rouge à la main, ont déboulé en hurlant "Bon anniversaire maman !". Cela était bon.

Et il y eut un matin où mon corps refusa tout net de me porter, trop accaparé à en porter un autre.

Au septième mois, je n'ai pas achevé mon oeuvre mais je dois me reposer.

main

Posté par telle à 15:11 - ... et une maman - Commentaires [50] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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