Telle

...

samedi 28 février 2009

Bambinot est arrivé!

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Aujourd'hui. Ce matin. Et tout va bien!

 

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mercredi 25 février 2009

En attendant...# 2

TELLE (faiblement). - Aide-moi !

M.TELL. - Tu as mal ?

TELLE. - Mal ! Il me demande si j'ai mal !

M. TELL (avec emportement). - Il n'y a jamais que toi qui souffres ! Moi je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m'en dirais des nouvelles.

TELLE. - Allons-nous-en.

M. TELL. - On ne peut pas.

TELLE. - Pourquoi ?

M. TELL. - On attend Bambinot.

TELLE. - C'est vrai. (Un temps) Il devrait être là.

M. TELL. - Il n'a pas dit ferme qu'il viendrait.

TELLE. - Et s'il ne vient pas ?

M. TELL. - Nous reviendrons demain.

TELLE. - Et puis après-demain.

M. TELL. - Peut-être.

TELLE. - Et ainsi de suite.

M. TELL. - C'est-à-dire...

TELLE. - Jusqu'à ce qu'il vienne.(Un temps) En attendant, il ne se passe rien.

M. TELL. - Ce n'est pas folichon. (Un  temps) Maintenant, qu'est-ce que nous avons fait hier soir ?

TELLE. - Ce que nous avons fait ?

M. TELL. - Essaie de te rappeler.

TELLE. - Eh ben... nous avons dû bavarder.

M. TELL (se maîtrisant). - A propos de quoi ?

TELLE. - Oh... à bâtons rompus peut-être, à propos de bottes. (Avec assurance) Voilà, je me rappelle, hier soir nous avons bavardé à propos de bottes. Il y a un demi-siècle que ça dure.

M. TELL. - C'est vrai. (Telle reprend son va-et-vient.) Tu ne peux pas rester tranquille ?

TELLE. - C'est toujours à la tombée de la nuit.

M. TELL. - Mais la nuit ne tombe pas.

TELLE. - Elle tombera tout d'un coup, comme hier.

M. TELL. - Puis ce sera la nuit.

TELLE. - Et nous pourrons partir. Puis ce sera encore le jour. (Un temps) Que faire, que faire ?

M. TELL. - Tu as bientôt fini de te plaindre ? Tu commences à me casser les pieds, avec tes gémissements.

TELLE. - C'est ça, engueulons-nous. (Echange d'injures. Silence.) Maintenant raccommodons-nous.

Ils s'embrassent. Silence.

M. TELL. - Comme le temps passe quand on s'amuse !

Silence.

TELLE. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

M. TELL. - En attendant.

TELLE. - En attendant.

Silence.

M. TELL. - Si on faisait nos exercices ?

TELLE. - Nos mouvements.

M. TELL. - D'assouplissements.

TELLE. - De relaxation.

M. TELL. - De circumduction.

TELLE. - De relaxation.

M. TELL. - Pour nous réchauffer.

TELLE. - Pour nous calmer.

M. TELL. - Allons-y.

Il commence à sauter. Telle l'imite.

TELLE (s'arrêtant). - Assez, je suis fatiguée.

M. TELL (s'arrêtant). - Nous ne sommes pas en train. Faisons quand même quelques respirations.

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vendredi 20 février 2009

En attendant...

Route à la campagne, avec arbre.

Soir.

Telle, assise sur une pierre, essaie d'enlever sa chaussure. Elle s'y acharne des deux mains, en ahanant. Elle s'arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même jeu.

TELLE (renonçant à nouveau). - Rien à faire. (Elle se lève et marche à petits pas raides, les jambes écartées) Je commence à le croire. (Elle s'immobilise) J'ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant, Telle, sois raisonnable, tu n'as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat. (Elle se recueille, songeant au combat)

[très librement adapté de vous savez quoi]

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lundi 16 février 2009

Son semblable, son frère

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Derrière la longue vitre où les voyageurs amassés paraissaient mis en quarantaine, elle est arrivée en tête du petit groupe d'enfants que conduisait une hôtesse bleu foncé.

Ses yeux furetaient en tous sens, anxieux, jusqu'à ce qu'un sourire radieux ensoleille soudain son visage et qu'une légère rougeur embrase ses joues émues.

Quand elle a enfin pu passer le portillon, son petit frère s'est jeté sur elle. Comme elle avançait toujours, il serrait son dos de ses bras trop courts, avançant péniblement derrière elle, petit crabe accroché à sa prise.

Dans la voiture, des prénoms que nous ne connaissions pas et d'étranges noms de pistes surgissaient dans son flot de paroles... et un silence, puis un autre, très vite remplis par les questions de ses frères et le récit de leurs vacances à eux. Des devinettes sur ce qui avait changé à la maison en son absence. Menue fierté de ceux qui ne sont pas partis bien loin. Et encore moins en avion.

De retour chez nous, son silence s'est fait plus lourd, comme tourmenté. Ses lèvres se sont tout à coup renversées et ses larmes ont jailli, incontrôlables.

C'était si bien, elle voulait y retourner, revoir sa marraine qui lui manquait trop.

Comme cette fois où, rentrant d'un week-end avec ses grands-parents, elle m'avait confié une fois la maisonnée couchée qu'elle ne supportait pas de penser que ces moments-là étaient derrière elle, définitivement révolus, et que ses grands-parents mourraient bientôt [sic] et qu'elle ne pourrait plus y retourner et que même si elle y retournait ce ne serait plus jamais pareil.

En abondant dans son sens, en parlant de nostalgie, en lui disant que j'avais vécu la même expérience à son âge quand j'étais allée vivre quelques semaines chez ma cousine, je ne faisais qu'amplifier le geyser.

Un appel de sa marraine a interrompu le déluge de chagrin mais, peu de temps après, assise sur le canapé, ses sourcils se sont levés et ses yeux se sont remplis. Son petit frère, alarmé, s'est précipité pour lui demander où elle avait mal. Tête penchée sur le côté, intrigué et inquiet, il la dévisageait et lui faisait des baisers. Je lui ai expliqué qu'elle avait de la peine. Alors il a mis ses petits bras autour d'elle et il l'a câlinée.

Comme sa grande soeur ne se consolait pas, j'ai vu sa bouche se tordre de détresse et de grosses larmes couler sur ses joues rebondies. Il la scrutait en répétant tristement son prénom et en l'enserrant bien fort contre lui. Tandis que l'autre frère les considérait d'un air interrogateur, impuissante, je les regardais pleurer tous les deux, attendrie et troublée.

 

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vendredi 13 février 2009

Cailloux blancs

Parce qu'elle m'a donné envie de me prêter une nouvelle fois au jeu des petits cailloux

Pour son jeu aussi

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Poser mes yeux sur cette nouvelle bague de fiançailles, fragilité de la céramique noire et arrogant éclat des diamants, offerte sans date ni raison précise.

Parler et rire au téléphone avec ma fille, de ses progrès en ski, de sa nuit au refuge, de son ongle pincé devenu tout noir, de son plaisir à marcher le matin dans la neige vierge, heureux augures de ces années où nous serons séparées.

Lire noir sur blanc que l'attachement qui nous lie, les enfants et moi, est de type "sécurisé". Entendre les garçons crier qu'ils s'amusent bien et qu'il n'est pas question que j'aille les chercher avant dimanche. Les entendre finalement se réjouir de rentrer ce soir à la maison.

Prélever un énorme bouquet de mimosas jaunes sur des branches décimées, découvrir les perce-neige épanouis et des bourgeons aux rosiers noirs.

Caresser Céleste, notre brebis noire aux yeux bleus, en me demandant si elle donnera naissance pour Pâques à un nouvel agneau. Sourire à chaque fois du bêlement un ton au-dessus de Flora, sa dernière-née.

Ne découvrir cette fois-ci sur mon ventre ni zébrure blanche ni ligne brune. Faire glisser l'huile d'argan en mouvements circulaires et ne plus savoir si c'est moi ou le bébé que je masse.

Se glisser la nuit dans des bains parfumés, y lire dans la mousse blanche.

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lundi 9 février 2009

9

28_janvier_2009_009C'est un globe altier qui surmonte une simple virgule.

Comme un ruban qui se déroule souplement pour laisser glisser jusqu'à terre le coeur de la sphère.

Comme une respiration, de celles où l'ample expiration insuffle soudain la vie.

Comme une pause pour se reconstruire une unité avant de basculer à jamais dans les deux chiffres liés, avant d'être décimée par la fatigue.

Comme un dernier regard nostalgique en arrière qui hésite délibérément à se tourner vers l'avenir.

Comme un repli sur soi, sur ses sensations, qui - loin d'enfermer -déploie les pensées vers la communauté de toutes les autres femmes qui ont connu ou connaissent ce bouleversement dans leur corps, expansion infinie à ce qui nous rassemble, au-delà des différences de culture, de croyances, de choix, de gestes, de rituels...

C'est un mois qui n'est que semaines et que jours, un mois de prédictions et d'impatiences, un mois en suspens.

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dimanche 1 février 2009

Mir-hoir

Si encore il n'y avait entre nous que cette invraisemblable ressemblance physique qui, muant chaque photo en défi, fait se fourvoyer son père autant que ma mère...

Or, il y a tout le reste, de sa façon de tourner autour de la table en récitant ses leçons jusqu'à la raideur de son intransigeance.

Prévenante, charmante et enjouée quand elle est bien lunée, elle se mue quelquefois en petite furie véhémente et enragée. Inflexible, elle ne laisse alors rien passer ni à ses frères ni à moi, braquant un projecteur sordide sur nos erreurs, nos incohérences ou nos contradictions. Relevant chaque terme employé, chaque inflexion de voix, chaque sourcil levé, elle n'a de cesse qu'elle n'ait obtenu satisfaction ou prouvé la pertinence manifeste de son jugement.

Elle nous jette au visage des mots sévères, âpres et hargneux, comme on lâche les chiens sur des importuns osant s'immiscer dans l'espace hérissé d'épines où nichent nos désirs.

Ses mots, ce sont les mêmes que je marmonnais bravement quand on m'envoyait me calmer dans ma chambre, ceux-là mêmes que je ruminais dans l'assurance inébranlable de mon bon droit.

Face à elle, je suis la mère. L'inflexible enfant est pourtant encore là, tapie, toujours prête à tendre des embuscades. En m'opposant à elle, je bute contre un lourd miroir sans tain. C'est à elle que mes mots sont destinés mais c'est vers moi qu'ils ricochent. J'entends parfois ma bouche prononcer les paroles de ma mère.

Je sais, sans pouvoir m'en prémunir, anticiper ses réactions passionnelles et je ressens sa détresse cuisante de ne plus réussir à se contenir.

Je suis celle qui jugule, tout en demeurant celle qui déferle et se déchaîne. Je suis celle qui doit endiguer un flux qu'elle a fait naître.

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