mardi 31 mars 2009
Conseillers déconseillés

Des enfants, pas des bébés. Des enfants qui posent des questions et trouvent eux-mêmes les réponses, qui se disputent à table, qui reviennent du jardin avec les genoux verts et les joues rouges mais des bébés, je n'envisageais même pas d'en avoir. Je n'étais pas de ces jeunes filles qui rêvent de layette et de landaus.
Autant dire que partager l'intimité d'un tout-petit m'a d'abord désemparée. J'étais la mère, je devais savoir y faire, c'était une question d'instinct. On me conseillait néanmoins - sans craindre la contradiction. Et plus ma fille pleurait, et plus moi je doutais.
A la naissance du deuxième, je m'étais préparée à garder les yeux ouverts pour traverser le tunnel des vagissements ininterrompus. C'était le prix à payer pour avoir un enfant, après. Or, j'avais appris, gagné en confiance et découvert la plénitude de porter un nouveau-né tout contre soi. De partager un temps son sommeil. Et le tunnel semblait déjà moins sombre et moins bruyant.
Pour le troisième, les soins à donner aux deux autres encore très jeunes ont contribué à me fatiguer. Néanmoins, j'avais découvert ma propre façon de materner et je ne doutais plus. Je n'entendais, des conseils qu'on m'offrait avec libéralité, que ceux qui me confortaient dans mes choix.
Ce quatrième enfant est-il plus facile que les autres ? Je m'interroge sur l'impression de facilité et d'aisance que j'éprouve. Sans doute est-il plus paisible que les autres. Sans doute aussi suis-je plus expérimentée et plus prompte à répondre à ses besoins.
La semaine dernière dans une salle d'attente, tandis que mon fils pleurait de fatigue, j'ai ostensiblement tourné le dos à une femme qui me délivrait moult conseils sur l'art d'accommoder les bébés. Son savoir m'insupportait. Et pourtant - sans craindre à mon tour la contradiction - j'aspire à partager mon expérience, de l'allaitement, du portage, du sommeil partagé et j'ai envie de susurrer aux jeunes mamans de s'écouter, et ce dès le premier enfant. Tentée, telle une mère, de les nourrir de recommandations, d'étancher leur soif de réponses, de les couvrir de suggestions, de combler leur demande d'aide...
Or, c'est à elles seules d'inventer leur manière d'être mères.
jeudi 26 mars 2009
Avec lui tout contre moi
Bien sûr, il y a ses yeux d'un bleu profond qui plongent loin en moi, très loin, si loin qu'ils me traversent pour considérer le plafond ou les ombres sur les murs, si loin qu'ils ne se projettent que de biais ... et me manquent.
Mise au point délicate qui conduit mon corps à le bercer doucement, ma bouche à murmurer à son oreille, mon nez à s'enfouir dans son cou infiniment tendre ou ses cheveux entre soie et velours.
Coordination visuelle laborieuse qui pousse nos peaux à sans cesse se rapprocher, nos corps à s'endormir pelotonnés l'un autour de l'autre - comme avant. A se découvrir différents aussi.
Au cours de ces journées où du manque de temps n'affleure que l'épure, je sens que la vraie vie n'est pas ailleurs, mais là, simplement là.

mardi 17 mars 2009
96
C'est le nombre de ...
... mais de quoi d'ailleurs ?
edit du 18 : Bravo Fannie, c'est le nombre de boutons de varicelle qu'il avait hier soir sur le corps...

(oui, oui, je sais bien, l'éosine ne sert à rien mais c'est tout ce que j'avais sous la main hier et puis, compter les moutons boutons en se déguisant en coccinelle, ça ne manque pas d'intérêt quand on a quatre ans)
jeudi 12 mars 2009
Moutons de Panurge : moutons qui imitent stupidement les autres
Ce sont les enfants qui l'ont découvert ce matin en partant pour l'école.
(puis-je avouer que je me sens plus proche de cette brebis que de pas mal d'humains ?)
Quatre ans de blog, déjà. Ou presque. Dire que je l'avais ouvert en annonçant la naissance de notre premier agneau. Quatre sont nés depuis.
mercredi 11 mars 2009
Instants liquides
En réponse à F.
Je me souviens des cahots qui, en se répercutant, intensifiaient le chaos dans lequel mon corps luttait pour s'oublier.
Et aussi de la perte de la voix, des mots. Pour seul langage celui des yeux, implorants.
Les mains serrées ou repoussées. Les cris du ventre.
L'eau, le sang.
Le premier cri.
L'apaisement.

Je me souviens de l'inertie plombante des premières heures, de ce besoin de m'en remettre à lui. Du léger déplacement de l'appareil photo, qui ne se focalise plus sur un sourire finalement inutile.
Sa bouche qui se fait à mon corps tandis que le mien se fait au sien. Ses brusques inspirations saccadées où il semble doucement se griser de mon odeur. Sa bouche encore, vorace et impatiente.
Le lait.
Oui, je me souviendrai toujours de cette première goutte blanche à la commissure de ses lèvres rondes.
vendredi 6 mars 2009
Présentations en bonne et due forme

Merci de votre enthousiasme et bons voeux à l'occasion de cette naissance, je suis touchée !
Parce que ma petite soeur - contrairement à son habitude - a été un peu laconique dans son annonce, je vous présente plus longuement notre bébé qui, pour se faire pardonner :
- d'avoir failli faire attendre sa maman
- d'avoir décidé d'arriver le seul jour de la quinzaine où son papa travaillait, ce qui a obligé sa pauvre maman à patienter une heure seule à la maison avant de prendre la route pour cinquante minutes (et dans ces cas-là, cinquante minutes, c'est très long, croyez-moi)
- d'avoir monopolisé les trente-cinq minutes suivantes la sage-femme - la seule spécialisée en acupuncture, quelle chance ! - qui passait juste vérifier si tout allait bien avant d'aller s'occuper d'une autre dame
eh bien, notre petit Bambinot - enfin, petit : 3, 994 kg et 56 cm tout de même - a décidé de faire tout le contraire de ses trois aînés durant leurs premières semaines, à savoir
- dormir régulièrement entre les tétées (c'était toujours pour moi le bébé des autres qui réagissait ainsi)
- rester éveillé sans pleurer, à regarder la lumière changer en plissant les paupières
- ne pas systématiquement régurgiter son repas et, de ce fait, ne pas atteindre vingt tétées par jour mais juste neuf ou dix au bout d'une semaine
- offrir de vrais sourires en ribambelle à sa maman dès son quatrième jour...






