Telle

...

lundi 27 avril 2009

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Trois enfants autour d'une table, de la quiche au chou dans les assiettes

- Je t'aime pas maman !

(visage exagérément attristé de la mère, style clown blanc)

- Ooooh, moi je t'aime mille fois jusqu'à la lune et retour...

- Pôôôôvre, pôôôôvre maman ! (se levant pour embrasser la mère) moi, je t'aime comme les nombres... ça se termine jamais !

juste quelques mots en passant pour vous dire que nous allons tous bien, que je suis infiniment occupée et ne réponds plus à/de rien mais que je reviens très vite !

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samedi 18 avril 2009

Sa taille

sa_taille

Entre garçons, on s'observe du coin de l'oeil, on se jauge, on se compare. On se rapproche pour mieux se confronter.

Il faut bien reconnaître que ce bébé-là les a immédiatement défiés : à peine né, il était déjà le plus grand, le plus lourd. Et le plus tranquille aussi.

C'est quand même lui qui a commencé.

Alors, comme une antienne, on parle de sa taille et on écarte les mains. On s'allonge, recroquevillé, à côté de lui, et on affirme qu'il est le plus grand. 

On mesure l'amour de nos parents en se mesurant à lui.

On rivalise d'ingéniosité pour se faire apprécier d'eux ou simplement se faire remarquer. On suçote la manche de son pull comme on téterait un sein. Et on garde le bras humide.

Pas de jalousie, non, à moins que ce soit la maman qui s'obstine à ne pas employer ce mot qu'on lui a si souvent donné comme réponse à sa souffrance. Pas de la jalousie, non.

Nul dépit. On se répète pour s'en assurer que l'on a bien eu, chacun, une période où notre maman s'occupait de nous en permanence. Mais on lui réclame, chacun à sa manière, des petits moments seul à seul.

Aucune rancoeur non plus. Les baisers au petit frère ne se comptent plus, ni les paroles de soutien quand il pleure. On s'émerveille démesurément à chacun de ses sourires.

Aucun coup contre ce petit concurrent-là. On a beau vouloir se confronter, on ne se bat pas avec lui.

Entre garçons, on commence par s'apprécier du regard et on finit par s'apprécier tout court.

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lundi 13 avril 2009

Impair bipolaire

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C'était délirant : la maison comble, mon père au lit, des femmes tout autour, un prêtre à ses côtés. Ma mère effondrée. J'avais huit ou neuf ans et, serrée contre mes deux petites soeurs dans le couloir, nous observions le défilé. Quand la porte s'ouvrait, je voyais la chambre de mes parents envahie et, parfois, mon père qui parlait. Sa langue était pâteuse. En se retirant, les inconnues nous tapotaient les joues en nous enjoignant d'être très sages, et courageuses aussi.

Mon père se prenait simplement pour un prophète et l'avait proclamé.

Pendant longtemps, on nous a montrées du doigt en murmurant. Mouettes bavardes se repaissant des vers que la folie soulevait en creusant son sillon.

Et si la maison était pleine le jour du scandale - aussi insensé que cela puisse sembler - il n'y eut personne pour aider ma mère les mois qui ont suivi. Et puis la vie a repris son tracé, mon père a réduit son activité professionnelle, a élevé mes soeurs et l'incident s'est peu à peu effacé des mémoires.

Ma mère veillait jalousement sur son sommeil qui endormait ses égarements maniaques. De temps à autre - assez rarement si on y pense - ses crises euphoriques, ses envolées jubilatoires nous rappelaient que le trouble était solidement implanté. La moindre parole déplacée nous était une percée vers ses racines. Lui et un autre en même temps.

Souvent, j'ai eu envie de creuser pour savoir les forces qui agissaient en lui, pour connaître des bribes de son enfance. Mais il n'est pas homme de mots. Il n'a pas la langue déliée. Ma mère me répondait prédisposition génétique, facteurs biologiques et le laissait, chaque soir, compter ses gouttes de lithium.

Depuis quelques années, c'est l'autre versant de son mal qui émerge. Un conflit, une contrariété, tout enfle dans les profondeurs et affleure sous forme d'idées suicidaires. J'aimerais croire comme Malraux qu'on ne se tue jamais quand on est fou.

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samedi 4 avril 2009

Jouer au poupon

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Elle n'a jamais beaucoup joué à la poupée quand j'y pense. Un peu à la dînette, à l'occasion. J'imagine que mimer une maman de pacotille devait l'ennuyer.

Elle n'a sans doute pas mis une seule couche à sa poupée mais elle est devenue experte en langes à nouer, bien plus que son père qu'elle initie patiemment aux subtilités des différentes épaisseurs à superposer. 

Elle ne promenait même pas sa poupée dans le jardin. Il faut la voir à présent - majestueusement drapée dans sa dignité de grande soeur - manoeuvrer la poussette dans la cour de l'école, le cortège de ses camarades de classe lui emboîtant le pas. La voir progresser, insensible à cette escorte d'honneur, et - sûre de son effet - lentement déposer un baiser sur le front du bébé puis courir vers sa classe.

Elle aurait préféré une petite soeur mais c'est ce petit frère-là qu'elle tient à cajoler avant de s'endormir. Sans faire semblant ni jouer de rôle.

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