vendredi 22 mai 2009
Le quatrième

Un quatrième ? mais vous allez vous arrêter alors ?
Il y a eu avant leur naissance des années de labeur et de séparation, des années en forme de galets plats sur le terrain spongieux de mes projets.
Après eux, d'autres années encore qui devaient me frayer un chemin linéaire dans les marécages professionnels.
Un quatrième ? mais vous allez vous arrêter alors ?
Il y aura peut-être devant moi des années en forme de cailloux rugueux, des années qui me blessent rien que d'y penser.
Si mes pas n'empruntent pas ce sentier périlleux et lui préfèrent l'herbe neuve des prés, je sais que ce chemin, comme dans les contes cruels, se refermera à jamais.
Et pourtant, que l'herbe neuve des prés est tendre !
lundi 18 mai 2009
18 mai 2005 - 18 mai 2009
Il y a quatre ans, qu'attendais-je de cet espace insaisissable quand je l'ai ouvert ? Même pas le dixième de ce qu'il m'a offert.
En rencontres d'abord. Qu'un serrement de mains ou deux bises claquantes les ait rendues réelles ou qu'elles soient virtuelles, mes amitiés les plus intimes, je les lui dois.
En confiance en moi aussi, en ma manière de percevoir les gens, les choses et en ma façon de la restituer. Et ça, je le dois à vos commentaires bienveillants. Alors, quand google place mon blog en premier résultat de la recherche "beau texte avec de beau mots" [sic], j'exulte de rire !
En acceptation de moi-même enfin, je parviens peu à peu à me détacher de l'opinion des autres sur moi. J'assume de mieux en mieux celle que je suis et surtout toutes celles que je ne serai jamais. J'essaie de me montrer telle que je suis, parfois légère, joyeuse et comblée, parfois triste, inquiète ou malmenée. Au début, je craignais que quelqu'un de la vraie vie me reconnaisse. A présent, je me demande "et alors ?".
Alors, ce blog, qui me permet de m'arrêter pour regarder et apprécier ce que j'ai, qui me murmure que la vie me donne ce que j'attendais, je le garde encore un petit peu.
jeudi 14 mai 2009
Plage vierge

Il faut dépasser sur la gauche les cabanes de pêcheur alignées le long du chenal puis, sur la droite, le restaurant qui sert anguilles et cuisses de grenouille. Dépasser enfin le camping désaffecté entouré de pins maladifs, torturés, comme opprimés par le vent.
Au bout de la route désertée, la vue s'ouvre tout à coup. Une plage trouée d'herbes hautes ignorée des touristes, sans vendeur de glaces ni maître nageur : c'est une plage où l'on ne se baigne pas, de peur de l'enlisement. Le sable, mêlé à d'innombrables morceaux de coquillages blancs, est parsemé de goémon noir sec et craquant.
Sur la gauche, un banc de bois à moitié ensablé. Parfait pour allaiter.
C'est la qualité du silence qui étourdit les oreilles, non pas troublé mais accentué par le vol d'une mouche, celui d'un avion ou le clapotis de l'eau quittant le chenal pour le large.
Deux respirations, une déglutition, deux respirations, une déglutition, la cadence est régulière.
Une brise agite les brins d'herbe, soulève les cheveux, se glisse entre peau et vêtement, fait enfler l'étoffe et s'évanouit.

mardi 12 mai 2009
Des hussards sur le toit
Les plus vieux fidèles de mes lecteurs n'auront pas oublié ces chaudes journées où mes innocentes photos ont fait frémir de désir d'honnêtes femmes.
Depuis hier, alors qu'il vente à décorner les maris et qu'il pleut à affoler les bergères, quatre hommes courageux refont notre toiture.

Comme je le disais à Monsieur Tell, il y en a qui feraient n'importe quoi - malgré le temps - pour apparaître sur mon blog !

(et ils sont même revenus hier soir remettre la bâche car la chambre de ma fille était inondée faire des heures supplémentaires)
Au fait, si je ne vous montre pas les deux autres, c'est parce qu'ils sont trop vieux fidèles.
vendredi 8 mai 2009
Liens d'amour

Aux amis épistolaires
Un jour, une amie qui venait de devenir mère m'a écrit. Au dos de l'enveloppe, son nom et son prénom étaient associés au prénom de son fils mais du père, nulle trace. Je m'étais alors fait la réflexion qu'il semblait évincé de la famille et que, sur le dos de cette enveloppe, le bébé tenait la place de l'époux. Peu de temps après, c'est la nouvelle du divorce qui m'arrivait.
Une amie - qui écrit des lettres elle aussi - nous a offert, à Bambinot et à moi, un bracelet identique, un anneau de jade qu'enserre un lien de soie. Amulette ou talisman, je l'ai avant tout reçu comme un signe d'amitié et l'ai aussitôt noué au poignet délicat du nouveau-né. Monsieur Tell m'a aidée à nouer le mien.
Mon deuxième fils, sans doute intrigué par ce bijou qui témoignait d'un lien particulier entre sa mère et son petit frère, s'est présenté le lendemain matin avec un bracelet de perles au poignet. Il s'est empressé de le montrer en clamant fièrement que lui aussi portait le même bracelet que sa maman.
De jour en jour, j'essaie de desserrer l'exclusivité du lien qui m'unit au bébé. Physiquement attachée à ce bébé, je dénoue le tissu qui le plaque tout contre moi pour donner à son père le temps de tisser avec lui une relation particulière. Je me détends en laissant aux aînés le soin de le bercer. Parce que je sens que, malgré les méandres des sentiments, ce qui s'est noué entre nous durant ces cent jours de folie amoureuse ne pourra se délier comme une simple boucle.
Psst : Chez Sécotine, on en est aux tout premiers jours de folie amoureuse...
(oui, ce billet est plein de liens, mais c'est un peu obligé, non ?)
lundi 4 mai 2009
L'élégance d'une femme discrète

Il y a un mois tout juste, je lui ai écrit qu'il était étrange de penser que dans ces "relations sans visage", nous [étions] parfois plus proches que de ceux que nous appelons nos proches.
Hier après-midi, j'ai corné les pages d'un livre pour pouvoir débattre avec elle, une fois qu'elle serait rétablie, de subtiles et amusantes distinctions.
Et le soir, c'est sa mort que j'ai apprise.
Ce matin, le tout premier rire du bébé - sans doute en réaction à mon visage inexplicablement triste - je le lui ai dédié. A elle qui affirmait que le bonheur de ceux qu'elle aimait était une grande part de son propre bonheur.
Elle me disait regretter que nous n'ayons pas eu le temps de faire vraiment connaissance, et je lui répondais que nous avions la vie devant nous. Elle écrivait que l'hiver arriverait très vite et que les armes de sa lutte étaient dérisoires - elle était bien placée pour le savoir - mais je m'obstinais à ne lire là que métaphore et modestie.
Pas une seule photo d'elle, pas d'adresse, juste des mots. Je n'ai rien d'elle que ses mots. Ceux-là mêmes dont je me méfie souvent, ceux dont la tendresse ou l'affection sont parfois feintes. Je n'ai rien que des mots. Ceux-là mêmes que je lui offre aujourd'hui en hommage discret. Heureuse malgré tout d'avoir su, à temps, lui dire combien je l'aimais.
Crédit photo : Hans Hartung, composition L 33.



