jeudi 16 juillet 2009
Marche A/R
Demain, à l'heure où s'assombrit la campagne, je partirai.
Sans me retourner, déterminée, j'avancerai au milieu des champs de maïs.
J'irai droit devant sur le chemin, toute à ma posture et au balancement de mes bras.
Je scruterai l'auburn des cheveux de poupées timidement cachées sous les feuilles vertes.
Tournant le dos à leurs demandes incessantes, à leurs besoins inassouvis, à leurs cris perçants, j'avancerai.
Je sourirai de la maladresse des génisses accourant pour m'observer et se donnant des coups pour rester au premier rang.
Je marcherai énergiquement, les muscles s'échaufferont, les pensées s'évaderont... jusqu'au fameux panneau rouge octogonal.
Celui-là même qui, oublié, a causé l'accident, celui de la fatigue et du surmenage, celui qui dit quand je dois m'arrêter.
Alors, je regarderai au loin et prendrai la route du retour, espérant secrètement croiser la dame aux deux chèvres.
Je remettrai sur le ventre un gros coléoptère ambré aux pattes battant le vide, en souvenir de Grégor.
Je prendrai garde à ne pas écraser les limaces oranges que l'air plus frais du soir fait sortir.
Un peu essoufflée, un peu fatiguée, je découvrirai au détour d'un arbre le toit connu.
Je rentrerai, hagarde et reconnaissante, dans la maison silencieuse,
Comme reposée.

mercredi 15 juillet 2009
L'éternité et sept jours
C'est une maison aux volets bleus accrochée à la colline.
Une maison qui n'a pas toujours eu de volets sur une colline qui l'a presque toujours abritée.
Visitée en travaux il y a deux ans et redécouverte fin juin, fière et magnifique, sans arrogance toutefois.
Telle une enfant aimée en qui l'on a cru envers et contre tous, une maison devenue aujourd'hui généreuse et aimante, ouverte et accueillante.

Une maison où chaque détail vous dit qu'on vous a attendus avec bienveillance, où l'élégance discrète de la décoration vous charme sans vous écraser de sa superbe.

Une maison qui vous laisse la liberté de l'investir et de vous l'approprier un peu.

Une maison dont les sages pierres de la tour vous murmurent que la vie se joue là, chaque minute, chaque seconde.

Une maison de sourires et de connivence qui fait pleuvoir sur les chaudes soirées au jardin une poussière d'éternité.



