vendredi 27 novembre 2009
Mon ultime
Demain, j'aurai 32 ans.
C'est pourtant moins à l'anniversaire de ma naissance qu'à une autre échéance que je songe, à un autre terme.
Demain, il y aura 9 mois qu'un bébé est sorti de mon corps.
Fini le temps où je lui susurrais qu'il avait passé plus de temps en moi que dans le monde.
Même s'il se love encore - petite boule de chaleur et d'odeur - en s'efforçant de coller chaque parcelle de son corps au mien, il grandit.
Du bébé commence à sourdre un jeune garçon, qui point à chaque mouvement plus assuré, à chaque mot offert, à chaque rire jailli et joyeusement dispersé.
Et moi, bras ballants, je regarde s'éloigner une ère, celle de la fusion harmonieuse. Exclusive. L'ère de la toute-puissance maternelle. De la divine abondance. Spectatrice de mon inéluctable déchéance, j'astique mon piédestal avant de le remiser à jamais.
Mon corps a atteint ses limites, ce bébé sera mon ultime. Mon dernier enfant. Mon dernier fils.
A 32 ans, cette décision qui est mienne me fait pourtant l'effet d'un ultimatum.
Je crois que le véritable dernier enfant d'une femme, c'est l'enfant imaginaire, celui qui n'est pas né, qui n'a pas voulu naître, celui en somme qui lui aurait permis d'accepter de ne plus jamais être une déesse fertile.
Demain, il aura 9 mois. Nous lui avons acheté des chaussures.
vendredi 20 novembre 2009
Qui décrypte ?
Intérieur, soir.
ENFANT 1. (criant) - Non, elle est à moi.
ENFANT 3. - Non, à moi !
ENFANT 2. - (hurlant) De toute façon, elle est à moi parce que c'est mon parrain qui me l'a donnée.
ENFANT 3. - Heiiiiin, même pas vrai d'abord !
ENFANT 4. - Ouiiiiiiiiin, ouiiiiiiiiiiiiiin (etc.)
TELLE. (s'asseyant) - Pfffffffff !
ENFANT 3. - Tu souffles parce que tu as une goutte de lait sur ton front ?
Edit : Bravo Sévlaine, tu as trouvé ! Effectivement, quelques jours avant, j'avais dit aux enfants que j'en avais ras-le-bol de leurs chamailleries et je leur avais expliqué le sens de cette expression, en joignant le geste aux mots et en montrant que c'était comme si j'étais remplie jusque là (en montrant mon front) et que j'allais bientôt déborder. Evidemment, je ne me doutais pas de l'origine de cette expression, tout aussi imagée mais un peu différente.
mercredi 4 novembre 2009
Dense légèreté
A ce moment-là, le soleil réchauffait mes bras, ravivant des sensations déjà oubliées.
Le corps du bébé pesait un peu sur mon dos tandis que je taillais des bambous. Il venait de s'endormir.
Les garçons, juchés dans l'arbre vert, celui qui tache les vêtements, discutaient sérieusement l'issue de leur jeu.
A ce moment précis, je me suis dit que pour rien au monde je n'aurais voulu échanger la vie qui se jouait là.
Et, de même qu'on porte machinalement la main à un talisman, je me suis répété plusieurs fois cette observation. Comme si elle avait le pouvoir de contrebalancer la douloureuse période où j'avais exactement ressassé l'inverse.


