Telle

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lundi 21 décembre 2009

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J'attache de la valeur à la vie.

J'attache de la valeur à économiser l'eau, à limiter les déchets, à accommoder les restes et à savoir réparer un vêtement.

J'attache de la valeur à donner du mouvement aux vieilles étoffes. A les voir se ranimer.

J'attache de la valeur à l'application patiente et au souci de bien faire.

J'attache de la valeur au lent travail de l'artisan. 

J'attache de la valeur aux passions qui nous transcendent.

J'attache de la valeur aux sourires libres et aux services rendus.

J'attache de la valeur à l'amitié et à une certaine fidélité.

J'attache de la valeur aux traditions héritées. A leur transmission aussi.

J'attache de la valeur aux jeux des enfants qui en riant font voler rites et rituels en éclats.

J'attache de la valeur aux caresses légères.

J'attache de la valeur à la sagesse des vieux qui ont à dire.

 

Que les valeurs qui vous sont chères soient à la fête en cette fin d'année !

 

d'après le poème "Valore" d'Erri de Luca

Photo de mon papa

 

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dimanche 13 décembre 2009

Niveaux de conscience

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Signal automatique.

Véhicules surbaissés attention.

Sur ma gauche, une maisonnette flanquée d'un jardin étriqué. De celles qui ne gardent plus les barrières. Parabole à la fenêtre, linge sur le tancarville. Tout y est étroit et manque désespérément d'ampleur.

Chaque matin, quand il fait froid et noir, chaque fin d'après-midi, aveuglée par le soleil rasant, je traverse ce passage orgueilleusement juché sur son insignifiante petite butte.

Jamais encore la barrière fermée ne me l'a interdit.

Si je dois suivre l'allure d'un automobiliste qui me précède, je ralentis avant d'y arriver. Déterminée à décider moi-même de la vitesse et de l'intensité de mon envol. Pas question de passer trop lentement.

Il ne faut pas le prendre trop vite non plus. Pas de précipitation ni de hâte qui nuiraient à la conscience du décollage et de son essor. Ce dixième de seconde où le coeur semble échapper au corps. Ce moment de grâce où la pensée s'anéantit dans le sursaut aérien de la chair.

Ni prestement, ni doucement, maîtrise toute illusoire d'un instant où la conscience s'évanouit, transportée. 

Transportée en enfance aussi, ces dimanches après-midi languissants où, sur le chemin du retour, la voiture sautait mollement au passage à niveau et, sans nous réveiller tout à fait, indiquait que nous approchions de la maison. 

 

Un autre texte, une autre rêverie sur cette photo chez Berlioz.

 

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mercredi 4 novembre 2009

Dense légèreté

DSC00010A ce moment-là, le soleil réchauffait mes bras, ravivant des sensations déjà oubliées. 

Le corps du bébé pesait un peu sur mon dos tandis que je taillais des bambous. Il venait de s'endormir.

Les garçons, juchés dans l'arbre vert, celui qui tache les vêtements, discutaient sérieusement l'issue de leur jeu.

A ce moment précis, je me suis dit que pour rien au monde je n'aurais voulu échanger la vie qui se jouait là.

Et, de même qu'on porte machinalement la main à un talisman, je me suis répété plusieurs fois cette observation. Comme si elle avait le pouvoir de contrebalancer la douloureuse période où j'avais exactement ressassé l'inverse.

 

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dimanche 16 août 2009

Je me livre

1_ao_t_2009_033Longtemps, je me suis couchée de bonne heure. 19h30 dernier délai. Avec la permission de lire un peu avant d'éteindre. Je devais certainement avoir conscience de ne pas prendre ce un peu selon la même acception que ma mère puisque, en entendant mes parents aller se coucher, je sortais la lampe de poche pour continuer.

Peut-être est-ce à cette habitude que je dois mon plaisir de lire dans le silence d'une maison endormie, confortablement assise ou immergée dans l'eau chaude. Peut-être est-ce à cette habitude que je dois l'impression diffuse de faire mal quand je lis, ainsi que cette étrange manie de fermer précipitamment mon ouvrage en voyant quelqu'un arriver. Autant dire que je ne supporte pas qu'on lise au-dessus de mon épaule et que je me garde bien de le faire aux autres. Si ce n'est pour connaître le titre tout de même.

Bien sûr, on m'a déjà offert un livre. Je ne me suis jamais écriée, comme paraît-il Mistinguett en son temps : "Quel dommage, j'en ai déjà un !", bien au contraire. Pourtant, on m'en offre de moins en moins, sans doute par crainte de l'erreur. La très grande majorité des livres est empruntée et je n'achète que ceux que je veux relire. Je viens d'ailleurs de lire pour la deuxième fois L'Invitation à la vie conjugale d'Angela Huth dont j'apprécie le ton grinçant et caustique. Je ne saurais en dire plus car je n'aime pas parler de mes lectures. D'autres le font beaucoup mieux et  je me sens incompétente. M. Tell lit tout ce que j'ai apprécié et inversement (à l'exception toutefois des opuscules de La Musardine, lectures que je me garderai bien d'avouer de toute manière).  

Pas de séries mais j'épuise mon adoration d'un auteur donné par la lecture de son oeuvre intégrale. Il me faut aller au bout de sa démarche, découvrir quelques tics d'écriture, des défauts de construction, une propension au bavardage pour être enfin à même de passer à un autre. Je ne cherche pas à rencontrer les auteurs que j'admire tant je crains d'être déçue.

Si un livre ne m'apporte rien, je l'abandonne. A vrai dire, je me soucie comme d'une guigne de l'histoire racontée ;  si trois phrases m'ont paru éclairantes et bien tournées, je suis satisfaite. Belle du Seigneur, voilà un roman qui m'a marquée, et je me souviens parfaitement de l'été où je l'ai lu. Il faisait chaud et la manière qu'a Cohen de mettre en scène les clichés m'a accompagnée des jours durant. La longueur ne m'est pas un frein. Pourtant, j'ai abandonné moult fois La Recherche alors que j'ai raffolé de certains longs extraits.

Quand, à 20h30, nous embrassons notre fille et que M. Tell l'enjoint à ne pas lire trop longtemps avant d'éteindre, je souris et répète la recommandation, en insistant bien sur le trop, sachant qu'elle seule saura découvrir quelle signification lui donner.

*******

Le Chat a voulu que je réponde à ce questionnaire et puis mon cher Valclair aussi. Une fois n'est pas coutume, j'ai obtempéré. Pardon pour tous ceux auxquels je n'ai pas répondu.

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Bilan de mes bonnes résolutions de juin :

je réponds aux tags - et aux mails - (les mails attendront encore un peu)

je publie un billet par jour (promesse tenue - deux jours)(il n'y a pas à dire, ce n'est pas mon rythme)(un billet par semaine, voire deux, voilà qui me convient)

je réponds rapidement aux commentaires (sur ce coup-là, je suis assez fière)

je cesse de ne parler que d'enfants (j'ai tenu deux jours aussi)

[comme quoi... Telle ne ment pas toujours...]

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mercredi 15 juillet 2009

L'éternité et sept jours

C'est une maison aux volets bleus accrochée à la colline.

Une maison qui n'a pas toujours eu de volets sur une colline qui l'a presque toujours abritée.

Visitée en travaux il y a deux ans et redécouverte fin juin, fière et magnifique, sans arrogance toutefois.

Telle une enfant aimée en qui l'on a cru envers et contre tous, une maison devenue aujourd'hui généreuse et aimante, ouverte et accueillante.

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Une maison où chaque détail vous dit qu'on vous a attendus avec bienveillance, où l'élégance discrète de la décoration vous charme sans vous écraser de sa superbe.

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Une maison qui vous laisse la liberté de l'investir et de vous l'approprier un peu.

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Une maison dont les sages pierres de la tour vous murmurent que la vie se joue là, chaque minute, chaque seconde.

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Une maison de sourires et de connivence qui fait pleuvoir sur les chaudes soirées au jardin une poussière d'éternité.

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C'est une maison aux volets bleus, et bien plus encore.

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jeudi 14 mai 2009

Plage vierge

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Il faut dépasser sur la gauche les cabanes de pêcheur alignées le long du chenal puis, sur la droite, le restaurant qui sert anguilles et cuisses de grenouille. Dépasser enfin le camping désaffecté entouré de pins maladifs, torturés, comme opprimés par le vent.

Au bout de la route désertée, la vue s'ouvre tout à coup. Une plage trouée d'herbes hautes ignorée des touristes, sans vendeur de glaces ni maître nageur : c'est une plage où l'on ne se baigne pas, de peur de l'enlisement. Le sable, mêlé à d'innombrables morceaux de coquillages blancs, est parsemé de goémon noir sec et craquant.

Sur la gauche, un banc de bois à moitié ensablé. Parfait pour allaiter.

C'est la qualité du silence qui étourdit les oreilles, non pas troublé mais accentué par le vol d'une mouche, celui d'un avion ou le clapotis de l'eau quittant le chenal pour le large.

Deux respirations, une déglutition, deux respirations, une déglutition, la cadence est régulière.

Une brise agite les brins d'herbe, soulève les cheveux, se glisse entre peau et vêtement, fait enfler l'étoffe et s'évanouit.

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mardi 12 mai 2009

Des hussards sur le toit

Les plus vieux fidèles de mes lecteurs n'auront pas oublié ces chaudes journées mes innocentes photos ont fait frémir de désir d'honnêtes femmes.

Depuis hier, alors qu'il vente à décorner les maris et qu'il pleut à affoler les bergères, quatre hommes courageux refont notre toiture.

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Comme je le disais à Monsieur Tell, il y en a qui feraient n'importe quoi - malgré le temps - pour apparaître sur mon blog !

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(et ils sont même revenus hier soir remettre la bâche car la chambre de ma fille était inondée faire des heures supplémentaires)

Au fait, si je ne vous montre pas les deux autres, c'est parce qu'ils sont trop vieux fidèles.

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vendredi 13 février 2009

Cailloux blancs

Parce qu'elle m'a donné envie de me prêter une nouvelle fois au jeu des petits cailloux

Pour son jeu aussi

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Poser mes yeux sur cette nouvelle bague de fiançailles, fragilité de la céramique noire et arrogant éclat des diamants, offerte sans date ni raison précise.

Parler et rire au téléphone avec ma fille, de ses progrès en ski, de sa nuit au refuge, de son ongle pincé devenu tout noir, de son plaisir à marcher le matin dans la neige vierge, heureux augures de ces années où nous serons séparées.

Lire noir sur blanc que l'attachement qui nous lie, les enfants et moi, est de type "sécurisé". Entendre les garçons crier qu'ils s'amusent bien et qu'il n'est pas question que j'aille les chercher avant dimanche. Les entendre finalement se réjouir de rentrer ce soir à la maison.

Prélever un énorme bouquet de mimosas jaunes sur des branches décimées, découvrir les perce-neige épanouis et des bourgeons aux rosiers noirs.

Caresser Céleste, notre brebis noire aux yeux bleus, en me demandant si elle donnera naissance pour Pâques à un nouvel agneau. Sourire à chaque fois du bêlement un ton au-dessus de Flora, sa dernière-née.

Ne découvrir cette fois-ci sur mon ventre ni zébrure blanche ni ligne brune. Faire glisser l'huile d'argan en mouvements circulaires et ne plus savoir si c'est moi ou le bébé que je masse.

Se glisser la nuit dans des bains parfumés, y lire dans la mousse blanche.

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mardi 23 décembre 2008

Pêcher les fulgurances

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Un rêve qui m'a encouragée au réveil à me projeter dans neuf mois d'ici.

La résonance du gong annonçant le premier repas, qui vibre longtemps en moi.

Une cabane de soie, de bois et de mousse d'où déboulent trois enfants tout fiers de s'être habillés seuls pour faire une surprise.

Les bougies du petit-déjeuner soufflées sans dispute préalable, deux chacun.

Monsieur Tell qui tient à aller dans les magasins bondés accompagné des trois enfants pour me laisser me reposer.

L'aide spontanée de ma soeur pour un cadeau de dernière minute. Les chaussons taille adulte que je couds en secret pour l'autre soeur.

Ce nouveau thé, dont j'attendais force et vigueur, qui m'a déroutée par sa simple pureté - à l'image de ma relation avec celui qui me l'a offert.

La longue et trop précise liste de victuailles que j'avais établie, retrouvée scrupuleusement barrée, et la voix de ma fille qui me murmure que son père a demandé l'aide d'au moins dix personnes pour être certain de ne pas se tromper.

La course avec les enfants, eux au rangement de la salle, moi à la vaissselle, avec pour enjeu la lecture de trois histoires avant de dormir. Sur la pointe des pieds, leur observation minutieuse et régulière du contenu de l'évier. Les piles de livres rangés par taille sur la table du salon.

Dans la nuit, les coups de klaxon de Monsieur Tell partant travailler.

La lecture presque rituelle de Boréal-Express. Des enfants qui vérifient le texte en fronçant les sourcils quand je lis "tintinnabulant". Qui cavalent dans le couloir pour simuler la course des rennes au moment où décolle le traîneau. Une grande fille qui veut y croire envers et contre tout mais qui, quelques instants plus tard, me demande en secret s'il y a bien des playmobils cette année.

Trois chants de Noël entonnés autour de mon ventre qui remue à tout va sous six petites mains.

Mon fils aîné qui répète comme chaque soir que je suis la meilleure des mamans, que j'essaie de dissuader de cette illusion et qui persiste dans son aveuglement.

L'image des deux garçons allongés dans leurs lits superposés, et que j'ai tout à coup vus adolescents.

Le mail d'une amie qui deviendra mère dans quelques heures ou dans quelques jours.

, une mère bouleversée de voir sa fille commencer à travailler, et qui se répète qu'elle a grandi, qu'elle n'est déjà plus son bébé.

Et cette citation d'Henry de Montherlant reçue avant-hier et qui résonne en moi : "On peut éprouver une telle joie à faire plaisir à quelqu'un qu'on ait envie de le remercier".

Je vous souhaite à vous tous qui passez par là de douces fulgurances pour Noël.

Edit du 28 décembre : Petit hérisson est né hier, une naissance peut-être pas foudroyante mais la joie, étincelante.

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vendredi 5 décembre 2008

Mon automne (qui a osé lire monotone ?)

Automne_au_jardin

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