samedi 5 décembre 2009
Narcisse a parlé

Papa, Mama... Bavo, Bavo!
(que faire, dites-moi, sinon applaudir avec lui ?)
vendredi 27 novembre 2009
Mon ultime
Demain, j'aurai 32 ans.
C'est pourtant moins à l'anniversaire de ma naissance qu'à une autre échéance que je songe, à un autre terme.
Demain, il y aura 9 mois qu'un bébé est sorti de mon corps.
Fini le temps où je lui susurrais qu'il avait passé plus de temps en moi que dans le monde.
Même s'il se love encore - petite boule de chaleur et d'odeur - en s'efforçant de coller chaque parcelle de son corps au mien, il grandit.
Du bébé commence à sourdre un jeune garçon, qui point à chaque mouvement plus assuré, à chaque mot offert, à chaque rire jailli et joyeusement dispersé.
Et moi, bras ballants, je regarde s'éloigner une ère, celle de la fusion harmonieuse. Exclusive. L'ère de la toute-puissance maternelle. De la divine abondance. Spectatrice de mon inéluctable déchéance, j'astique mon piédestal avant de le remiser à jamais.
Mon corps a atteint ses limites, ce bébé sera mon ultime. Mon dernier enfant. Mon dernier fils.
A 32 ans, cette décision qui est mienne me fait pourtant l'effet d'un ultimatum.
Je crois que le véritable dernier enfant d'une femme, c'est l'enfant imaginaire, celui qui n'est pas né, qui n'a pas voulu naître, celui en somme qui lui aurait permis d'accepter de ne plus jamais être une déesse fertile.
Demain, il aura 9 mois. Nous lui avons acheté des chaussures.
vendredi 20 novembre 2009
Qui décrypte ?
Intérieur, soir.
ENFANT 1. (criant) - Non, elle est à moi.
ENFANT 3. - Non, à moi !
ENFANT 2. - (hurlant) De toute façon, elle est à moi parce que c'est mon parrain qui me l'a donnée.
ENFANT 3. - Heiiiiin, même pas vrai d'abord !
ENFANT 4. - Ouiiiiiiiiin, ouiiiiiiiiiiiiiin (etc.)
TELLE. (s'asseyant) - Pfffffffff !
ENFANT 3. - Tu souffles parce que tu as une goutte de lait sur ton front ?
Edit : Bravo Sévlaine, tu as trouvé ! Effectivement, quelques jours avant, j'avais dit aux enfants que j'en avais ras-le-bol de leurs chamailleries et je leur avais expliqué le sens de cette expression, en joignant le geste aux mots et en montrant que c'était comme si j'étais remplie jusque là (en montrant mon front) et que j'allais bientôt déborder. Evidemment, je ne me doutais pas de l'origine de cette expression, tout aussi imagée mais un peu différente.
dimanche 25 octobre 2009
La roue qui tourne
Ils s'en faisaient une joie, trois tickets rouges après la crêperie.
Elle est montée, son sésame à la main. Déçue que les avions lui soient interdits. Pas exactement interdits, juste inaccessibles à cause de la taille de ses jambes.
Ses deux petits frères hurlaient de joie en décollant à plusieurs mètres du sol. Tandis qu'ils nous lançaient à chaque tour de grands signes joyeux, juchée sur un cheval de bois, elle agitait simplement la main, un sourire un peu triste aux lèvres.
Le sentiment amer de l'ingratitude de sa déception l'empêchait de manifester sa déconvenue.
Le destrier et sa cavalière s'élevaient bien peu. Le cheval - même pas une licorne - ne daignait s'envoler. Sans la légère frayeur qu'elle aurait été fière de vaincre et sans l'émerveillement innocent, le manège pour elle tournait à vide.
Sans griserie, sans ivresse, elle tournoyait et tournoyait encore, désenchantée.
La magie, elle, s'était envolée. Ma fille avait grandi.
mercredi 16 septembre 2009
Moyen



Forcément, n'être ni le premier garçon ni le dernier, ça n'aide pas. On n'a ni les superbes prérogatives de l'aîné, ni les tendres privilèges du dernier-né. On ne se sent pas tout à fait grand mais on sent bien qu'on n'est plus si petit que ça. On est moyen, quoi.
Un entre-deux bien inconfortable, où les efforts les plus marqués pour se grandir se heurtent aux quolibets du grand frère, toujours en avance. Un entre-deux malcommode comme tout, puisque, quand on se promène à quatre pattes, un parent finit systématiquement par trébucher et par nous ordonner de marcher normalement. Même si on a prévenu qu'on disait qu'on était un bébé.
Si bien que les dernières journées de vacances, elles étaient moyen, le déjeuner à la cantine, moyen lui aussi. Si on est content de retrouver ses copains ? Moyen. De mettre son pantalon préféré ? Moyen. Parfois, on se sent obligé de préciser si c'est plutôt moyen content ou moyen pas content.
Quitter la moyenne section a été une promotion honorable. Parce que la grande section, c'est presque déjà le CP et qu'en CP, on est grand, tout le monde le sait. Moyennant quoi, en attendant d'avoir des devoirs comme les aînés, on joue tranquillement avec les playmobils. Il y a les gentils, les méchants et les moyens.

jeudi 20 août 2009

(et ce n'est pas Marie qui viendra me contredire...)
samedi 8 août 2009
Adaptation
La porte venait de se fermer derrière nous. Brutalement démunie, secrètement amputée, je refoulais mes larmes. Tandis que ses deux autres petits frères se bousculaient en courant, elle s'exclama soudain : "Comme ça fait bizarre, non ?"
Elle qui en se levant s'était précipitée vers moi, les sourcils inquiets, pour me glisser un "C'est aujourd'hui..." anxieux et triste. Elle seule y avait pensé.
Dans la voiture qui nous ramenait à la maison, j'avais l'impression d'être attachée à l'arrière par un élastique qui s'étirait à chaque mètre parcouru, tendu jusqu'à la limite de la rupture. "Moi, c'est mon coeur qui bat à toute vitesse. C'est parce que je m'inquiète trop qu'il lui arrive un malheur". Parmi les rires insouciants de ses frères, elle répétait en litanie "Il n'est pas là, bébé" jusqu'au moment où elle découvrit un bavoir oublié.
Le nez plongé dans l'odeur familière du lait renvoyé, elle retrouva sa sérénité. Peu de temps après m'être gentiment moquée de ses excès, je la suppliai de me passer le bavoir et, camées achevées, nous sniffâmes tour à tour ce stupéfiant stupéfiant.
dimanche 21 juin 2009
Etiquetée : maternante
C'est un peu comme quand on est enfant et qu'on a préparé une surprise, qu'on l'a bien cachée mais que nos parents la devinent malgré tout, simplement à notre attitude. On se demande comment ils ont bien pu s'en douter. Et eux de se dire un brin condescendants que les enfants sont bien prévisibles et se ressemblent tous.
Quand j'ai ouvert ce petit livre, j'ai souri de constater combien le témoignage de certaines mères rejoignait le mien. Il était question de donner la vie hors des sentiers balisés, de garder son enfant contre soi jour et nuit, d'allaiter en travaillant... Cependant, mon sourire s'est figé devant la bibliographie "Que lisent les maternantes ?". Stupeur angoissée de celle qui se reconnaît comme élément de base d'un ensemble sociologiquement délimité : ces livres, je les avais quasiment tous lus et appréciés.
La table des matières égrenait des choix que nous avions faits - sans jamais pour notre part les relier les uns aux autres - de la sophrologie aux couches lavables, en passant par le projet de naissance, le portage en écharpe à la maison, l'emmaillotement, les massages quotidiens, l'éducation sans violence...
Pas de parents de cette mouvance dans notre entourage, alors chacun de ces choix a été une évidence personnelle ou le point d'aboutissement d'une réflexion menée à deux. La découverte de la technique d'emmaillotage des nouveau-nés - par hasard, sur un site de vente d'occasion - m'a aussitôt séduite et convaincue. Je ne connaissais personne qui allaitait tout en travaillant mais l'enjeu m'était si cher que je n'en percevais pas les contraintes matérielles. L'écharpe, je l'ai cousue quand j'ai rendu le "porte-moi" qu'on m'avait prêté et dû trouver un nouveau système de portage pour le troisième bébé à naître. Nos amis étaient tous convaincus par la médicalisation à outrance de la naissance, le biberonnage précoce ou l'utilité de la fessée... et nous faisions figure d'arriérés ou de parents asservis à leurs enfants.
De retrouver en un seul ouvrage la plupart de ces choix que je croyais particuliers m'a rendue perplexe. Ainsi, il existe un courant, avec un nom qui permet d'étiqueter ses membres ? Je me suis sentie transparente, comme devinée. Privée de mon indépendance de pensée, dépossédée de mon libre arbitre.
jeudi 4 juin 2009
Un souvenir
La lumière du matin entrait dans la chambre en étroites barrettes verticales. On entendait des sauts de l'autre côté du mur, si énergiques que le sol en tremblait. Des cris aussi mais sans malveillance, juste des éclats de jeux et de joie.
Par les interstices des volets, le jour fendait la pénombre. Allongé contre moi, son corps encore chargé de la tiédeur et la mollesse de la nuit, il tétait calmement. Sa main droite s'agrippait fermement à mon vêtement, formant de part et d'autre de petits plis serrés.
Révélées à la faveur des rais de soleil, des milliers de particules planaient, suspendues, presque immobiles. Comme dans ces bibelots dont raffolent les enfants où la neige lentement tombe sur une scène typique, les paillettes de lumière nous enveloppaient de leur nostalgique présence.
C'était hier. Et cet autre souvenir-là, c'était il y a un an, la veille de la conception de Bambinot. Toute ressemblance...
vendredi 8 mai 2009
Liens d'amour

Aux amis épistolaires
Un jour, une amie qui venait de devenir mère m'a écrit. Au dos de l'enveloppe, son nom et son prénom étaient associés au prénom de son fils mais du père, nulle trace. Je m'étais alors fait la réflexion qu'il semblait évincé de la famille et que, sur le dos de cette enveloppe, le bébé tenait la place de l'époux. Peu de temps après, c'est la nouvelle du divorce qui m'arrivait.
Une amie - qui écrit des lettres elle aussi - nous a offert, à Bambinot et à moi, un bracelet identique, un anneau de jade qu'enserre un lien de soie. Amulette ou talisman, je l'ai avant tout reçu comme un signe d'amitié et l'ai aussitôt noué au poignet délicat du nouveau-né. Monsieur Tell m'a aidée à nouer le mien.
Mon deuxième fils, sans doute intrigué par ce bijou qui témoignait d'un lien particulier entre sa mère et son petit frère, s'est présenté le lendemain matin avec un bracelet de perles au poignet. Il s'est empressé de le montrer en clamant fièrement que lui aussi portait le même bracelet que sa maman.
De jour en jour, j'essaie de desserrer l'exclusivité du lien qui m'unit au bébé. Physiquement attachée à ce bébé, je dénoue le tissu qui le plaque tout contre moi pour donner à son père le temps de tisser avec lui une relation particulière. Je me détends en laissant aux aînés le soin de le bercer. Parce que je sens que, malgré les méandres des sentiments, ce qui s'est noué entre nous durant ces cent jours de folie amoureuse ne pourra se délier comme une simple boucle.
Psst : Chez Sécotine, on en est aux tout premiers jours de folie amoureuse...
(oui, ce billet est plein de liens, mais c'est un peu obligé, non ?)


