jeudi 3 septembre 2009
Fournitures de rentrée
- feuillets à petits projets, oeillères interdites
- ardoise conjugale effaçable
- règles rigides
- effaceur d'encroûtement
- buvards de doutes
- cartouches d'énergie (prévoir une réserve)
- pas feutrés couleur pastel pour le matin
- intercalaires à temps libre, coloris indifférent
- règles souples
- organisation grand format, couverture renforcée
... à compléter...
***
édit du lendemain :
"- Bien, alors il y a certaines habitudes que vous avez prises en primaire que vous allez conserver, comme par exemple de lever la main pour demander la parole, et puis d'autres qu'il va falloir changer. Par exemple, désormais, en signe de respect, vous allez vouvoyer les adultes du collège... [une main timide se lève] Charline, oui ?
- Même toi ?"
vendredi 12 juin 2009
Obscure évidence
Le bourg était éteint, silencieux. Pas la moindre fenêtre allumée. Une silhouette qui semblait avoir froid se dressait au milieu des voitures garées autour de l'usine. Seule présence éveillée au milieu de la nuit.
L'éclairage du tableau de bord ne fonctionnait pas si bien que je ne voyais que le faisceau lumineux des phares qui refoulait l'obscurité sur les bas-côtés.
Deux billes jaunes me fixèrent puis disparurent dans les herbes hautes du fossé, laissant voltiger derrière elles un panache fauve. Avais-je bien reconnu une belette ?
Le mince ruban blanc se déroulait au fur et à mesure, m'indiquait le chemin.
A la hauteur du périphérique, quelques voitures enfin. Je m'intégrai dans un flux léger, avec cette impression d'être dans la course, de m'inscrire au nombre des travailleurs. Là, les lampadaires étaient allumés, éclairant par intermittence le visage et les mains du bébé. Sur les ponts, je dus me faire violence pour détacher mon regard des reflets tremblotants laissé par les réverbères qui bordaient les quais.
A la gare, je sortis la poussette, tellement incongrue à cette heure. Dans le silence de la ville, un livreur amusé engagea la conversation sur ce bébé matinal. En entrant dans le grand hall, je me retins de ne pas saluer les rares voyageurs. Un sourire seulement.
4h39, j'étais en avance. Juste le temps de songer aux promesses de la journée, aux fallacieuses et surtout aux vraies. Aux inconnus que je saluerais et découvrirais. A l'étrange clarté de fausses retrouvailles.
vendredi 22 mai 2009
Le quatrième

Un quatrième ? mais vous allez vous arrêter alors ?
Il y a eu avant leur naissance des années de labeur et de séparation, des années en forme de galets plats sur le terrain spongieux de mes projets.
Après eux, d'autres années encore qui devaient me frayer un chemin linéaire dans les marécages professionnels.
Un quatrième ? mais vous allez vous arrêter alors ?
Il y aura peut-être devant moi des années en forme de cailloux rugueux, des années qui me blessent rien que d'y penser.
Si mes pas n'empruntent pas ce sentier périlleux et lui préfèrent l'herbe neuve des prés, je sais que ce chemin, comme dans les contes cruels, se refermera à jamais.
Et pourtant, que l'herbe neuve des prés est tendre !
mercredi 23 juillet 2008
Un tout petit monde

La pause, évidemment... Je rangeai lentement mes effets avant de descendre dans le vaste hall où se pressaient déjà une foule de costumes bleu marine et de tailleurs gris souris.
Une gloire locale à la calvitie assumée dispensait doctement à deux interlocutrices somnolentes un compte rendu détaillé de sa prochaine communication tandis que son épouse admirative époussetait sa manche de veste ou arrachait un fil à sa poche, signalant ostensiblement par des gestes prétendument attentionnés que l'illustre bonhomme lui appartenait.
Une jeune femme aux cheveux coupés très courts et aux lunettes de métal me salua. Comme lors de notre première rencontre quelques semaines plus tôt, elle parlait avec affectation, comme si chacun des mots qu'elle prononçait risquait de paraître trop désinvolte, trop hardi ou trop libre. Quelle ne fut donc pas ma surprise de l'entendre presque aussitôt évoquer le trouble que lui causait un de ses étudiants, les tremblements qui la secouaient quand elle devait assurer un cours sous son regard et, incidemment, les soupçons de son mari...
Elle partit. Une viennoiserie à la main et un verre de jus d'orange dans l'autre, je me sentis angoissée, comme si mon isolement temporaire était le signe flagrant de ma déréliction. Un timide sourire plus tard, un quadragénaire au visage poupin auréolé de barbe et de cheveux bouclés s'avançait. J'avais oublié en un an à quel point celui-là parlait haut, comme si notre conversation devait bénéficier au plus grand nombre. Il posait invariablement une main sur sa gorge et proclamait son texte en détournant la tête à gauche et à droite, sans doute pour que ses propos aient davantage de portée. Lorsque je lui fis remarquer que d'une année sur l'autre, l'on retrouvait finalement les mêmes têtes, il partit d'un rire tonitruant, se pencha en avant jusqu'à me frôler et déclara, hoquetant de sa plaisanterie et scrutant ma réaction, qu'on se croirait presque dans un David Lodge.
Crédit photo : enluminure contemporaine créée par Annie Bouyer.
dimanche 20 juillet 2008
Pensées secrètes
Comme je ne comprenais pas un traître mot de cette conférence en anglais consacrée aux paroles rapportées dans une oeuvre italienne du milieu du quinzième siècle - dont je n'avais évidemment jamais entendu parler auparavant - je me mis à parcourir du regard les rangs inférieurs de l'amphithéâtre, aussi bondé qu'un jour de rentrée universitaire.
Mes yeux gambadaient joyeusement de tête blanche en tête blanche - vaguement occupés à deviner si le propriétaire de telle tête chenue avait plus ou moins de soixante-cinq ans - jusqu'à ce qu'ils soient arrêtés par une coiffure extraordinaire. A coup sûr, son propriétaire frisait les quatre-vingts ans mais il n'y avait là rien de singulier. Une raie partageait horizontalement d'une oreille à l'autre la sage chevelure blanche, courte en deçà de la raie mais longue et rejetée en avant au-dessus. Ce type d'arrangement capillaire permettait à son propriétaire inspiré de masquer la calvitie en conservant, à défaut de la jeunesse, du moins l'illusion de celle-ci. Le pathétique du stratagème m'amusa et convoqua le souvenir d'un ancien professeur qui, coiffé de la sorte, s'était retrouvé à la faveur d'un coup de vent le crâne dégarni, sa longue mèche blanche pendant piteusement dans son cou.
Arriva enfin le temps des questions, moment où il s'agit moins pour le public de demander des éclaircissements au conférencier que de faire montre de ses connaissances sur le sujet et de l'avancée de ses propres recherches. Une jeune blonde avenante demanda la parole mais, au moment où on allait lui passer le micro, mon vieillard se manifesta et le président de séance expliqua à la demoiselle que Monsieur Calvin avait quelque chose à dire. Elle répondit d'un sourire qui n'avait rien de feint, se répandant en excuses muettes tant la précellence de l'intervention à venir de Monsieur Calvin lui apparaissait à elle aussi avec évidence. Quand Monsieur Calvin eut fini de confondre la conférencière en la renvoyant à ses travaux récents qu'elle avait insuffisamment mentionnés, la jeune impudente osa demander à nouveau le micro mais le président de séance lui précisa sans l'amorce d'un sourire qu'on avait écoulé le temps des questions et qu'il était à présent l'heure de la pause.
Crédit photo : L'Insensé, base "enluminures" du CNRS.
mardi 18 mars 2008

magnolia "stellata" du jardin
mardi 29 janvier 2008
Insultée

Quand il m'a regardée droit dans les yeux et qu'il m'a murmuré ce qu'il pensait très fort.
Quand la responsable des surveillants m'a fait remarquer que je n'étais pas sympa de l'avoir sorti de cours car elle n'avait plus de place en étude.
Quand le principal a refusé que je l'exclue du groupe un certain temps parce qu'il a droit à l'éducation.
Quand la mère que j'ai appelée m'a affirmé que ce n'était pas le genre de son fils.
Quand la parole de l'élève et de ses camarades a primé sur la mienne.
Quand on m'a dit que je m'acharnais sur lui, qu'il fallait le laisser tranquille au fond de la classe et l'oublier.
Quand j'ai dû le reprendre en cours, sans aucune forme d'excuse.
Et si j'ai laissé couler, c'est parce que j'ai compris, lors de l'entretien avec la mère, que la plus insultée des deux n'était pas celle que je croyais. Que mon échec avec cet enfant n'était que la répétition d'autres échecs. Que je ne rattraperai rien à moi seule. Désabusée.
vendredi 30 novembre 2007
On a eu l'inspectrice
La prof est venue nous chercher dans la cour, toute nerveuse. "Elle est pas là, l'inspectrice, M'dame ?" qu'on lui a demandé. On a finalement monté les escaliers jusqu'à notre salle. Là, la prof nous a fait nous ranger dans le couloir devant la salle, comme le jour de la rentrée. Et puis, comme on était bien rangés, on est entrés dans la classe.
Là, on a bien pensé à rester debout mais au bout d'un moment, comme on en avait marre d'attendre l'arrivée de l'inspectrice, on a commencé à faire du bruit. Alors Marie a proposé d'aller chercher l'inspectrice et la prof a paru soulagée.
On était en train de se demander si la prof nous avait mené en bateau quand l'inspectrice est entrée. Elle a dit bonjour, a demandé de lui trouver une place et on s'est tous assis. Et puis quelqu'un a frappé à la porte : c'étaient Morgane et Chloé à qui on avait volé la clef de leur casier et qui n'avaient pas pu prendre leurs classeurs.
La prof leur a fait un sourire mais on voyait bien qu'elle avait pas envie de rigoler. C'est à ce moment-là que Marie est revenue, affolée, et a lancé en entrant : "J'ai pas trouvé l'inspectrice".
La prof nous a demandé de sortir notre travail. On commençait à peine à lire nos textes quand Loulou est arrivé et s'est mis à expliquer à la prof qu'il avait pas pu entrer dans le collège à cause du blocage du lycée. La prof s'est un peu emportée - pourtant d'habitude elle l'aime bien, Loulou - et elle lui a dit que tous les autres élèves avaient bien réussi à se faufiler entre les lycéens qui chantaient sur les poubelles devant la grille du collège. Enfin, c'est pas tout à fait ça qu'elle a dit mais on a compris. Loulou est allé s'asseoir en ronchonnant. Il a dit à Paulo de dégager de sa chaise.
Sauf que Paulo il avait plus de place parce qu'il avait donné la sienne à l'inspectrice. La prof, elle a fait la tête de Dylan quand on l'interroge. Elle a regardé droit devant elle et elle a pris une grande inspiration.
Après, on a bien participé, même si la prof faisait semblant de chercher au hasard dans la classe avant d'interroger Pierre ou Lilian. Même Loulou a levé la main quand la prof nous a demandé pourquoi il pouvait exister plusieurs versions d'un même texte. Il a dit que c'était pour qu'un jour un prof nous pose cette question. Ça ne devait pas être la bonne réponse car l'inspectrice a beaucoup ri. La prof moins.
A la fin du cours, comme c'était presque fini, j'ai demandé : "On a été bien sages, hein M'dame ?"
Crédit photo : dessin de Sempé, Le Petit Nicolas
dimanche 18 novembre 2007
Remettre à demain

Vendredi, appel téléphonique inattendu d'un membre du comité de lecture. Elle me confirme que le premier titre était le meilleur, que je peux descendre jusqu'à l'interligne simple, à la taille 11 de caractère et même 9 en note mais que, vraiment, 400 pages reste le seuil à ne pas dépasser. Elle me confie que, même si j'ai promis de tout rendre en décembre, je peux repousser jusqu'en janvier. Mentalement, je note 31 janvier, date butoir.
Parce que moi, sur ce projet-là, je retarde, je diffère, je recule, je reporte, j'ajourne, bref, je répugne à m'y mettre tant j'ai de difficultés à sabrer un travail qui me semble digne d'intérêt dans son ensemble et assez banal si réduit de moitié.
Alors, voilà ce que ça donne lors de ma demi-journée hebdomadaire sans copies ni cours et que les enfants sont à l'école :
Je mets de l'eau à chauffer pour me préparer un délicieux thé que je vais siroter en travaillant. Pendant que l'eau chauffe, j'ai le temps de lancer une machine. Tiens, au passage, je donne un coup d'aspirateur dans le couloir parce que, vraiment, là, on ne peut pas se concentrer avec toutes ces saletés par terre. Dix minutes plus tard, je remets l'eau à chauffer parce que la bouilloire s'est éteinte. Je range un peu mon bureau pour avoir un environnement propice à la réflexion. J'allume quelques bougies. Je verse l'eau dans la théière et choisis le thé le plus approprié pour travailler avec plaisir. Je vérifie mes mails. J'ouvre ma thèse au chapitre deux. Je jette un oeil sur les blogs amis, juste pour avoir l'esprit tranquille ensuite afin de produire du bon travail. Je laisse deux ou trois commentaires et je (re)prends le travail. Je me souviens soudainement que je n'ai pas encore payé la cantine : je rédige le chèque et le glisse dans l'enveloppe. Je vérifie sur mon agenda si la semaine suivante s'annonce aussi chargée que je le pense. Oui. Reste donc à bien avancer tout de suite. Et dire que je n'ai pas recousu le doudou de petit dernier. Il faut le faire ou je vais oublier. Voilà, au moins je n'aurais pas rien fait de ma journée. Chapitre deux, donc. Et en réduisant simplement les caractères, ça ne suffirait vraiment pas ? Presque 16 heures 30 déjà... je cours chercher les enfants à l'école.
Crédit photo ici.
Tu te rends compte, Rose, presque un an déjà !
Du nouveau ici aussi. Oui, un autre moyen d'occuper les temps libres, hélas !
vendredi 14 septembre 2007
Déchantements
Et si Ed avait joué les oiseaux de mauvais augure en venant le 12 - bien amicalement - me transmettre un rhume qui me laisse aujourd'hui fiévreuse et larmoyante ?
Et si ces deux accrochages avec le principal-adjoint - qui ne recueille mes voeux que pour mieux les piétiner ensuite - m'avaient plus affectée que je ne le croyais ?
Et il y a eu cette réunion jusqu'à 20h avec les parents - enfin... cinq présents pour vingt-six élèves ! - où chacun des douze professeurs a présenté avec force détails son projet annuel. Cette impression lancinante de ne s'adresser qu'aux parents déjà acquis à notre cause.
Et puis aussi cette chronique de François d'Orcival parue dans Le Figaro Magazine du huit septembre : " On commence à se rendre compte que, si l'on veut inculquer aux élèves la valeur du travail et de l'effort, il ne serait pas absurde que les enseignants montrent l'exemple." (p. 12)
- je sais bien que je ne devrais pas lire ça mais voyez-vous, M. Tell poursuit l'idée d'acquérir la collection Hitchcock si bien qu'un certain nombre de magazines (compris dans le lot) atterrissent sur mon bureau - je sais bien que ce n'est pas une excuse mais je ne peux me résoudre à jeter un papier imprimé sans l'avoir lu en partie au moins. Ca y est, je l'ai jeté à la corbeille, d'un geste rageur, je ne vous le cache pas.
Et pour finir cette petite phrase aussi anodine qu'assassine de quelqu'un qui m'est cher, estimant que "je ne fais rien de la journée" quand je ne vais pas travailler au collège.
Il y a des jours où j'ai mal à mon métier.


