mercredi 23 septembre 2009
Marronnier
Au lointain, sept heures sonnent au clocher du village.
Le rocking-chair se balance, la maisonnée est endormie. Dans la pénombre, il tète paisiblement, sans hâte. Son petit corps chaud se serre contre le mien. Moment de quiétude avant les turbulences de la journée. Le halo de la lampe caresse les éléments éparpillés d'une nature morte au doliprane.
Le rocking-chair se balance régulièrement. Pourtant, dans vingt minutes, je serai partie, filant sur des routes de campagne bordées d'élèves qui attendront leur car. Des lambeaux de coton effilé s'accrocheront aux silhouettes brunes des arbres. Il fera froid et blanc.
Au lointain, sept heures sonnent à nouveau au clocher du village.
Aucun doute, c'est l'automne.

jeudi 16 juillet 2009
Marche A/R
Demain, à l'heure où s'assombrit la campagne, je partirai.
Sans me retourner, déterminée, j'avancerai au milieu des champs de maïs.
J'irai droit devant sur le chemin, toute à ma posture et au balancement de mes bras.
Je scruterai l'auburn des cheveux de poupées timidement cachées sous les feuilles vertes.
Tournant le dos à leurs demandes incessantes, à leurs besoins inassouvis, à leurs cris perçants, j'avancerai.
Je sourirai de la maladresse des génisses accourant pour m'observer et se donnant des coups pour rester au premier rang.
Je marcherai énergiquement, les muscles s'échaufferont, les pensées s'évaderont... jusqu'au fameux panneau rouge octogonal.
Celui-là même qui, oublié, a causé l'accident, celui de la fatigue et du surmenage, celui qui dit quand je dois m'arrêter.
Alors, je regarderai au loin et prendrai la route du retour, espérant secrètement croiser la dame aux deux chèvres.
Je remettrai sur le ventre un gros coléoptère ambré aux pattes battant le vide, en souvenir de Grégor.
Je prendrai garde à ne pas écraser les limaces oranges que l'air plus frais du soir fait sortir.
Un peu essoufflée, un peu fatiguée, je découvrirai au détour d'un arbre le toit connu.
Je rentrerai, hagarde et reconnaissante, dans la maison silencieuse,
Comme reposée.

mardi 16 juin 2009
7 : 48
{dehors/dedans}

Il est juste l'heure d'aller réveiller mes grands.
Pour le challenge d'Azélie.
jeudi 12 mars 2009
Moutons de Panurge : moutons qui imitent stupidement les autres
Ce sont les enfants qui l'ont découvert ce matin en partant pour l'école.
(puis-je avouer que je me sens plus proche de cette brebis que de pas mal d'humains ?)
Quatre ans de blog, déjà. Ou presque. Dire que je l'avais ouvert en annonçant la naissance de notre premier agneau. Quatre sont nés depuis.
mercredi 10 décembre 2008
Sang-liés
Découvrez Le Rallye-cor De Montmélian!
C'était un dimanche, il y a presque deux mois. Le chien qui s'est soudain mis à aboyer, les moutons à bêler et des voix inconnues à crier. Avec un couple d'amis, nous finissions une tarte au chocolat et aux épices. Je suis sortie, vite suivie des enfants. Des taches mouvantes d'un jaune voyant apparaissaient et disparaissaient à travers la haie qui sépare notre terrain du pré des vaches. Nous avons marché jusqu'à la lisière du pré des moutons. Eux d'habitude si craintifs recherchaient notre rassurante compagnie et nous suivaient à la trace. Les enfants non plus n'étaient pas très rassurés ; des cris rauques, des sifflets et des aboiements de meute emplissaient l'atmosphère.
Un jeune homme a alors surgi du champ de maïs, a sauté la barrière et, suivi de quelques chiens, s'est approché du bassin rempli d'eau dans lequel il les a encouragés à plonger pour se rafraîchir. Il a appelé, encore et encore, hurlant le nom des chiens manquants. Il a fait sonner sa trompe de chasse dont la voix puissante et désespérée m'a transpercée en me grisant. Il portait un couteau au côté droit.
Une harde d'une dizaine de sangliers dans le petit bois, juste derrière chez nous. Une laie et ses nombreux petits, qu'il fallait laisser vivre. Peur à ses chiens, la moitié manquait.
Un homme plus âgé est arrivé en courant et, obéissant aux ordres, s'est posté là. Il gardait lui aussi son fusil ouvert et attendait en discutant tranquillement.
Le spectacle nous hypnotisait, sans doute moins toutefois que nous envoûtait le choeur de ces voix, de ces appels, de ces cris graves et de ces aboiements qui disaient tantôt la crainte, tantôt la furie meurtrière, tantôt la nécessité de préserver son bien - cultures ou progéniture.
A chaque instant, à peine protégés par deux rangs de grillage, nous nous attendions à voir surgir une de ces grosses bêtes farouches, dense incarnation de la force brute et de la sauvagerie. Emportée par ce délire assassin, je ne savais plus très bien si je souhaitais la victoire de l'homme ou celle de l'animal.

C'était mardi dernier, il y a une semaine. Elle a surgi inopinément.
Des voix connues se sont soudain mises à crier. Le frère contre la soeur, la soeur contre le frère. Les enfants, d'habitude si confiants, se sont rapprochés de moi.
Elle voulait protéger son bien qui ne pouvait plus l'être ; lui ne voulait pas être pris pour une truffe. Elle a saccagé notre territoire. Il l'a touchée.
Toute de soie vêtue, échevelé, elle a hurlé que nous voulions sa mort.
Les enfants sanglotaient, le bébé s'inquiétait.
Depuis, ma bête noire, c'est elle.


mercredi 2 juillet 2008
Ouverture
Laissant derrière moi les rires, les chansons, les voeux et même quelques larmes, je filais vers l'horizon bleuté. Le mince ruban de bitume foncé se déroulait, nu et libre, comme une invite à jouir de ses galbes et de ses gracieuses courbes.
On devinait encore par endroits le clair azur du jour mais il était peu à peu envahi par de lourds nuages cotonneux griffés d'accrocs oranges et roses.
Le soleil - qui ne m'aveuglait plus - me faisait face. Je filais vers lui.
La radio déversait ses flots de musique italienne, les couleurs se fondaient et pourtant, dans la lumière mate, je percevais chaque chose avec une acuité intense.
Deux enfants jouant sur une meule de foin. Un engin de chantier abandonné pour la nuit. Un calvaire argenté jetant des éclats métalliques. Deux taureaux blancs emmêlés que voilait le nuage de poussière soulevé par leurs sabots rageurs.
Et, au lieu de penser à ce qui pourrait remplir - et déjà fermer - les deux mois qui commençaient, je me suis promis de m'ouvrir à la plénitude du présent.
PS : Saurez-vous reconnaître ces fleurs ?
Edit du 3 juillet : Canthilde a trouvé, ce sont des fleurs de poireaux (croyez-moi, vu leur parfum, il n'y a aucun doute). Pour la petite histoire, je les ai trouvées à la déchetterie, gisant sur un énorme tas de pelouse et de branches. C'était la première fois que j'accompagnais Monsieur Tell dans ce haut lieu du jardinage et je me moquais gentiment du caractère particulièrement romantique des balades qu'il me proposait. Telle est prise qui croyait prendre, j'en suis revenue avec un superbe bouquet de fleurs !
lundi 23 juin 2008
Neuf ans

"On est tous pareils... Au début, on est toujours un peu timide."
Il aura fallu neuf ans pour que nous nous apprivoisions. Blasés par des relations de voisinage aussi hypocrites qu'intéressées, nous avions fait l'impasse sur les traditionnelles visites de courtoisie aux demeures avoisinantes.
Que d'années de saluts lointains, de considérations sur le temps, de confusions sur les noms de famille, de vagues sourires aux bébés... Oh, les deux filles auront moins traîné et il aura suffi d'une fête d'anniversaire pour que leurs mères avec étonnement se découvrent voisines. A peine neuf ans pour que leurs pères se découvrent une passion commune et que le vendredi soir ils s'assoient autour d'un échiquier. De prêt de moutons en promenade du chien, de garde d'enfants en convoyage d'écolières, de menus services ont rapproché les farouches voisins. Tous quatre étrangers au milieu de cette campagne vaguement hostile à ceux qui n'y sont pas nés. De menus services en présentations aux parents, de pique-niques marins en balades impromptues, de goûters informels en dîners de plein air, ils ont appris à se dévoiler, à se découvrir, à se démasquer. Neuf ans pour que les deux cents mètres qui séparent leurs deux maisons leur soient devenus familiers et presque quotidiens.
Neuf ans pour que prenne corps notre fantasme d'un couple d'amis proche. De cette proximité spatiale et temporelle qui permet la connaissance intime et autorise le "Et ta journée d'hier ?".

"On n'ose pas trop se parler, on s'observe... On essaie de faire connaissance."
Citations et illustrations de l'album à la fois candide et lucide d'Edouard Manceau, Tous pareils !, éditions Milan, 2008. Les illustrations sont en couleur mais mon scanner ne leur rendait pas hommage, j'ai pris la liberté de les griser.
Du nouveau, du nouveau, du nouveau à l'annexe.
lundi 5 mai 2008
Escapade matinale

Le réveil a sonné. J'ai ouvert tout grands les lourds volets. Le chat s'est furtivement glissé dans la chambre. J'ai humé l'air que la nuit avait blanchi. Les arbres s'emmitouflaient d'un halo blême et poudré. J'ai frissonné. Rose tendre, bleu indigo et blanc crémeux se préparaient à éclore. Je me suis hissée sur le rebord de la fenêtre et me suis introduite dans le cadre. L'herbe humide a mouillé mes pieds.
mercredi 26 mars 2008
Agneau pascal
Céleste et Zéphyr ont la joie de vous annoncer la naissance cet après-midi de Flora, leur quatrième petit.

De quoi donner des idées à d'autres...
Edit spécial Tirui qui n'a rien suivi : l'année dernière, la précédente (impossible à oublier) et enfin celle qui a coïncidé avec la naissance de ce blog.
mardi 12 février 2008
Inexorable
Elle progresse lentement, à tout petits pas, un cabas de grande surface serré sous le bras. Elle avance, déterminée, jetant parfois autour d'elle un regard étonné.
Elle se souvient de l'époque où n'empruntaient cette route que les charrettes de foin, les enfants, musette en bandoulière, et les femmes aux corbeilles lourdes de linge. De temps à autre, le docteur et sa fière automobile qu'on entendait arriver de loin.
De chemin, elle n'en connaît pas d'autre pour se rendre chez sa soeur, à moins de passer à travers champs. Et pas question de gâter ses nouvelles chaussures qu'elle a prises chez la pharmacienne. Alors, sur l'étroit couloir d'herbe enserré entre le bitume et la haie sauvage, elle marche bien droit en veillant à ne pas faire d'écart.
Singulière silhouette voûtée que je frôle chaque lundi matin.
Crédit-photo : Dionys Calvaert, Tête de vieille femme vue de trois quarts (musée du Louvre)






