Telle

...

samedi 31 octobre 2009

Impudique

Le jour où j'ai décidé que vous auriez un droit de regard sur mes lectures, je me suis sentie nue.

Le jour où j'ai donné mon accord à Katell pour son généreux projet, je me suis sentie impudique.

J'avais longtemps hésité auparavant, interrogé la vertu du procédé, redouté la vanité de l'entreprise.

Aujourd'hui, je ne me sens pas honteuse. Ni vulnérable d'ailleurs. Mais impudique, toujours. Indécente et peut-être indélicate.

Pour moi, est impudique non pas celui qui exhibe ce qui est habituellement caché mais celui qui impose au regard de l'autre plus qu'il n'a demandé. La pudeur ou l'impudeur se jouent dans la relation à l'autre, bien plus que dans le rapport de soi à son corps.

Vous voilà prévenus. Si vous osez cliquer, ne venez pas ensuite vous en plaindre à moi !

(et la concomitance de soucis de santé de M. Tell - pas aux seins, rassurez-vous - me laisse croire que si, suite à ces photos, une seule lectrice se décide à prendre rendez-vous avec sa gynécologue pas rencontrée depuis longtemps, nous n'aurons pas été impudiques pour rien)



jeudi 30 octobre 2008

Rituelles

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C'était une idée en l'air devenue une habitude avant de s'implanter petit à petit comme un rituel.

Quatre collègues, de matières et de caractères différents, devenues la même année - pour la première ou la troisième fois - mères.

Des réunions de filles au début, légères et insouciantes, dégagées des préoccupations quotidiennes, où l'on parlait livres, cinéma, carrière et un peu aussi en se quittant allaitement et nuits hachées.

Aux vacances scolaires, on retenait un jour, chez l'une ou chez l'autre et les beaux jours au parc ou au zoo. Les enfants grandissaient, on se gardait bien de les comparer tandis qu'on parlait achat de maison, prêt et repassage qui s'accumule. On lançait un titre de livre, celui qu'on avait réussi à lire pendant l'été.

Un petit frère est arrivé, une petite soeur aussi et l'on parlait à nouveau bébés, sans évoquer cette fois les nouvelles marques de puériculture. Autour du thé, on a commencé à parler des compagnons, de ceux qui sont absents ou qui disparaissent après avoir salué. A mots couverts d'abord. Et puis il a été question de divorces, de ruptures, chez les autres toujours. De distance seulement chez soi. Toutes au même point. On se complimentait sur la ligne retrouvée, sans gaieté toutefois. On riait des enfants, il fallait aussi les gronder. On parlait d'un film, mais une seule l'avait vu. De réunions de filles, on était passé aux réunions de femmes.

Et puis l'une a parlé de sa tristesse, de sa fatigue, de son manque de temps depuis la naissance du deuxième. Toutes l'ont écoutée. Elle a dit qu'elle avait seule la charge quotidienne des enfants, que ses vacances étaient épuisantes et son mari absorbé ou absent. Qu'il ne se rendait pas compte, qu'il ne passait jamais une journée entière à s'occuper d'eux et même qu'il se moquait d'elle quand elle se couchait tôt. Toutes l'ont entendue. Cette fois-là, il n'a pas été question de la dernière exposition. Enfin si, mais juste de son affiche.

mercredi 21 mai 2008

Portraits

A ma Rose, je ne sais pas si elle comprendra pourquoi

Aujourd'hui, entre Brest et Quimper, aux alentours de 17h

"elle a besoin de dormir elle s'est levée tôt alors je comprends je me tais [pause] ouais mais c'est qui cette meuf je la connais ? je la connais ? elle vient me parler comme ça et quoi ? on est en France on peut parler c'est quoi ça ? les gens ils sont tout tristes ils reviennent du travail et ils parlent pas ils sont jaloux ils sont jaloux oh la meuf je sais c'est parce qu'elle est toute seule y a personne à côté d'elle c'est pour que je vienne à côté d'elle et elle fait quoi là ? les meufs elles restent à la maison respect quoi c'est écrit liberté égalité fraternité alors liberté quoi j'ai le droit de parler [pause] et je la connais ? je la connais ? chienne de pute moi une fille comme ça je lui écarte les cuisses mais non j'ai même pas envie d'elle et moi j'ai payé mon billet j'ai payé mon billet comme un autre je suis là égalité et les autres ils sont jaloux elle a pas vu comment je me foutais de sa gueule je répétais tout ce qu'elle disait une femme comme ça qui vient chercher un homme comme ça c'est vulgaire j'ai honte pour elle l'éducation il faut pas faire ça il faut pas faire ça la honte c'est madame je sais tout et moi je sais rien en plus moi j'ai payé comme toi mon frère sauf que toi tu es vieux et que moi je suis jeune alors moi j'ai eu une réduction j'aime la nature moi c'est pour ça que je suis naturel j'étais dans le train et le monsieur je lui ai dit eh le sac sur le siège il est plus important qu'un être humain ? un être humain je lui ai dit cru et même pas cuit un être humain c'est pas plus important qu'un sac ? il a bougé son sac et j'ai pu m'asseoir [pause] je suis pas bien dans le train là j'ai envie de tout casser ouais ambiance le train va embêter la dame c'est difficile de se faire plaisir ? j'ai emmerdé personne tu vois ce que je veux dire ? elle elle vient là elle montre ses fesses les gens ils parlent pas en Bretagne ? ils les ont tous mis en prison les gens qui parlent c'est ça ? ah la vie faut la vivre quoi moi je parle normal je suis pas un délinquant tu vois ce que je veux dire c'est important aussi de rencontrer d'autres gens j'ai rien fait de mal j'ai volé rien du tout j'ai traité la mère de personne en plus elle était vilaine on aurait dit un vilain petit canard je te jure [rire] mais je l'ai complimentée j'ai dit t'as des beaux cheveux mais quand même elle m'est restée en travers de la mémoire faut pas être timide faut regarder la vie en face ah c'est bon on arrive à Quimper y a un panneau où c'est écrit on peut pas ? ah tu vas dans le Sud c'est la pagaille les enfants ils courent dans le train ils se cassent la gueule ça vit on est en liberté et c'est ça qui m'a choqué on a le droit de parler [pause] faut pas parler on a le droit de manger on a le droit de boire on a aussi le droit de s'arrêter de manger ça fait des économies mais parler faut arrêter direct mais pourquoi il faut arrêter ? ça fait du plaisir dans le corps de parler eh mon frère il faut vivre c'est moi qui fais la discussion ils veulent me formater ah la jalousie des gens on parle comme ça et les gens ils viennent moi je suis bien élevé je parle pas aux gens comme ça moi j'ai rien fait de mal j'embête aucune personne moi"

samedi 17 mai 2008

Lycralement vôtre

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Toujours pareil. C'est quand leur perte est imminente que je prends conscience des plaisirs qui s'enfuient.

Je n'ai pas souvent pensé à équilibrer les menus de la semaine en fonction des efforts passés et à venir. Je prévoyais ingénument de la viande rouge et des frites le dimanche midi.

Je n'ai pas été de ces femmes attentionnées qui surveillent l'heure et servent à leur homme la copieuse platée de macaronis trois heures trente exactement avant le début de la course.

Je n'ai pas été de ces femmes souriantes qui, chaque samedi et chaque dimanche, déjeunent à 11h, passent deux heures en voiture, remplissent des grilles de mots croisés et courent sur l'accotement pour passer des bidons rafraîchissants.

D'ailleurs je n'ai jamais réussi à passer correctement les bidons.

Je n'ai jamais pu m'extasier devant ses maillots de lycra bariolé.

Je n'ai jamais salé à outrance l'assiette  du dimanche soir comme j'avais vu ma belle-mère faire. Je n'y pensais pas.

Je n'ai pas été de celles qui massent tendrement les muscles raidis, presque tétanisés.

J'oublie scrupuleusement les dates et les lieux. Et je me trompe à chaque fois qu'en traversant un nouveau bourg, il me demande : "Devine si j'ai couru ici ?"

Pourtant, quand je l'accompagnais, j'aimais scruter le flot ondoyant des maillots multicolores, attendre nerveusement la bruyante déferlante qui, en disparaissant, nous laissait éclaboussés de bidons blancs. Et puis attendre encore, compter les secondes pour crier les écarts au déferlement suivant.

Qui, en se retirant, permettait à mes yeux de glisser sur les bras ensoleillés, les fessiers durcis, les cuisses agiles et les brillants mollets fuselés où saillissaient les muscles jumeaux tendus à l'extrême. J'aimais - c'est à peine avouable - cette concentration d'hommes inconnus aux uniformes ajustés, aux corps puissants, aux mollets lisses.

Et ce goût de biscuit salé qu'avait sa peau après l'effort.

lundi 7 avril 2008

Au bonheur des dames

parfumPour répondre à mon désir, la jeune vendeuse pimpante s'est effacée pour laisser place à une maquilleuse. La quarantaine assumée, blouse noire, et maquillage lumineux, cette blonde élégante m'a demandé quel fond de teint je cherchais. Après avoir parlé matité, couvrance, imperfections, effet masque et pigments jaunes, nous nous sommes dirigées vers le stand Bobbi Brown où elle m'a gratifiée d'une présentation en règle des avantages des divers produits. Je l'ai aussitôt questionnée pour savoir si elle représentait la marque et ma franchise a dû lui plaire car le ton de notre échange s'est imperceptiblement modifié. Inquiète face au maniement du fond de teint en stick qu'elle me conseillait, je me suis retrouvée juchée sur une chaise au milieu du magasin, ses doigts agiles s'affairant sur ma peau. Pendant qu'elle m'apprenait à poser le blush, nous évoquions pour en rire le maquillage des années 80. Dans le miroir, mon visage au teint unifié ne semblait même pas maquillé. "Beaucoup de personnes essaient de masquer à tout prix leurs petites imperfections si bien qu'on ne voit que ça alors qu'il est préférable de mettre l'accent sur les atouts". Je me suis fait la réflexion que l'on aurait tout aussi bien pu lire sa maxime dans 365 pensées  : la voie du bonheur.

Mon fond de teint à la main, j'ai pris place dans la file devant la caisse. En apercevant les papiers bleus de certaines clientes, j'ai compris qu'une opération spéciale était en cours. Je me suis retournée et ai demandé à la charmante brune qui me suivait ce qu'il en était. "Ah oui, vous avez 20% de réduction sur votre article préféré ?" "Non, sur tout le magasin !" Ni une ni deux, nous voilà à ourdir un économique stratagème. Munie d'argent liquide, je l'ai attendue à la sortie et, avec des airs de conspiratrices, nous avons commis notre forfait. Aussi enchantées l'une que l'autre, nous avons un peu devisé avant de nous quitter, la mine ravie.

Longtemps - sans doute pour avoir vécu deux ans dans un foyer de jeunes filles tenu par des religieuses - j'ai affirmé à qui voulait l'entendre que je préférais la compagnie des hommes. Soi-disant plus droits, plus honnêtes, plus simples. Depuis peu, je goûte à la sensibilité raffinée des conversations féminines, à la douceur des plus infimes attentions, au charme ténu des abandons.

jeudi 3 avril 2008

Reconnaissance

IMG_4358C'était l'heure. Il n'arrivait pas. Ma fille prenait son petit-déjeuner et me parlait. Je l'entendais à peine, incapable de manger autant que de rester en place. Je ne m'asseyais que pour me lever d'un bond et regarder par la fenêtre. Dix minutes. Vingt minutes.

Lui, si ponctuel... et qui savait que je l'attendais pour pouvoir partir. Trente minutes.

Et soudain cette certitude de l'accident. Quarante minutes.

Une voix dans la cuisine, ma fille salue le retour inattendu.

Le contour de son corps devant mes yeux, inespéré, inouï, inaccoutumé. Plus incongru que familier.

Revenu de loin, miraculeusement réincarné devant moi.

mercredi 23 janvier 2008

La jupe

32215796o_aixElle est un peu bizarre, non ? Tu vas la mettre ?

Un de mes amis, quand il devait s'acheter un vêtement, franchissait le seuil du magasin et puis se trouvait bête. Il ne savait pas ce qu'il aimait. Alors il regardait autour de lui comment les gens étaient habillés. Je me moquais gentiment de son manque de goût.

Oooooh, maman elle est belle...

Adolescente, j'hésitais à porter des jupes. Par peur des regards désapprobateurs, critiques ou surpris. Par peur des regards tout court.

Madââââme, j'adoooore votre jupe !

Qu'ils soient à la mode ou pas, les vêtements que je choisis me plaisent par l'époque ou l'atmosphère qu'ils évoquent. Pourtant, j'aurais préféré me glisser chaque jour dans des robes à crinoline et faire entendre en marchant le bruissement sensuel des étoffes soyeuses...

Oh, Telle, quelle jolie jupe ! Fais voir, tourne ! Ooooh...

Je crois que ma définition de la grâce, ce serait une main saisissant négligemment le tissu d'une jupe - le froissant même un peu au passage - afin de faciliter la montée d'un escalier ou la descente d'une voiture.

Ah, vous êtes prof ? Tous les profs doivent être amoureux de vous... les élèves, je veux dire, enfin, les profs aussi peut-être...

Au vu de mes aspirations, mes vêtements sont finalement très sages. Et quand j'ai trouvé cette jupe, je me suis simplement dit qu'elle irait plutôt bien avec mes bottines mallarméennes. Le jour où je l'ai portée, du matin au soir, les réactions de mon entourage m'ont renvoyée à mon apparence. Réjouissant et frustrant à la fois.

Ta jûûûûûpe ! Ne me dis pas que tu es allée au travail comme ça ? Jamais je n'oserais, moi !

mercredi 10 octobre 2007

Tell me you're (not) mine

elvisSur le périphérique, j'écoutais jeudi dernier l'émission de Sonia Kronlund, Les pieds sur terre. Il est rare cette année que je sois dans ma voiture à cet horaire-là si bien que c'est à chaque fois un grand plaisir de m'ouvrir à la singularité de ces inconnus, dont la parole est accueillie avec bienveillance par la journaliste.

Il était question de Jean-Claude qui, suite à l'avortement abominable de son épouse, avait décidé - sur les conseils de celle-ci - de recourir à une vasectomie afin de mettre fin à leur problème de contraception. L'opération est délicate, généralement irréversible et très peu pratiquée en France alors qu'elle est assez courante dans les pays anglo-saxons. Je me souviens d'un quadragénaire britannique se vantant d'être opéré, soulignant tout à la fois sa modernité, son implication dans un souci traditionnellement féminin et sa stabilité affective. Rien de comparable dans notre culture plus méditerranéenne où toute atteinte à la possibilité de procréer est ressentie comme une atteinte à la virilité.

Jean-Claude exprimait sa tristesse en apprenant, après son divorce, que sa femme avait eu un nouvel enfant. Il n'éprouvait pas de rancoeur à l'encontre de son ex-épouse. A nouveau en couple, il s'était pour sa part renseigné afin de pratiquer l'opération inverse mais s'était ravisé et finalement résigné.

Moi qui évoquais dans l'avant-dernier billet la nostalgie qui doit nous envahir au moment où l'on met au monde pour la dernière fois, jamais je ne proposerais à M. Tell de subir cette opération. La proposerait-il que je m'y opposerais, non pas tant pour rester maîtresse de la Vie que pour ne pas hypothéquer son avenir d'homme et de père. Je ne veux pas qu'il m'appartienne, je ne veux pas qu'il soit mien. Qui sait s'il ne voudra pas fonder une autre famille si nous nous quittons ou si je décède ? Je souhaite même qu'il puisse le faire.

Je connais un couple qui, pour des raisons que je ne développerai pas ici, vit quasiment en autarcie sociale. La femme entre dans des crises impressionnantes quand son séducteur de mari bavarde avec une demoiselle bien qu'elle sache avec certitude qu'il n'a jamais eu de relations sexuelles qu'avec elle. Cette garantie de fidélité, toute rassurante qu'elle soit, ne me conviendrait pas. Possession n'est pas raison...

Je refuse d'embrigader l'autre, j'aime sa liberté - et pas uniquement parce qu'elle est un gage de la mienne.

Ps : En cliquant sur le lien, vous pouvez écouter l'émission.

mardi 25 septembre 2007

Cherchez les erreurs !

C'est pas par là c'est par ici !

(et aujourd'hui seulement)

Edit du soir : Bon, un récapitulatif pour les retardataires.

Il y a évidemment le "A Francfort, belles autos, belles filles ?" où l'on sent l'effort du journaliste pour trouver un titre original et novateur. Déjà, la forme interrogative laisse supposer que la réponse n'est pas évidente, que ce salon a peut-être brillé par la laideur de ses voitures entourées de mochetés. Fort heureusement, une photo nous révèle rapidement (Dieu, que le suspense était cruel !) que les luxueuses berlines sont entourées de splendides créatures. On a eu très peur. D'ailleurs, on voit bien sur l'image que, comme annoncé dans les médias, l'attention est portée sur le développement des bio-carburants et sur le design révolutionnaire des autos.   

belles_autos

Et si je vous disais que ce n'est même pas ça qui m'a énervée en voyant s'afficher ce matin ma page d'accueil ORANGE, vous me croiriez ? Eh bien, vous auriez tort : ce qui m'a mis les nerfs en pelote, c'est l'image de la petite mamie anglaise, assise dans son fauteuil à fleurs, portant chignon blanc, lunettes dorées et broche itou pour bien fermer le haut de son corsage - à fleurs lui aussi - ben oui, des fois qu'on apercevrait la bretelle de sa combinaisn couleur chair... Et alors, le texte, à peine moins caricatural que l'image :

"Ravissez grand-mère, offrez-lui des photos papier, elle sera aux anges !"

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Pour commencer, l'absence d'article qui tend à nommer une personne par sa place dans la famille, ça m'irrite. Je veux bien des "grand-mère", "bébé", "maman" en appellatif direct mais intégrés aux discours publicitaires, ils tendent à infantiliser et à enfermer dans un rôle. En plus, c'est bien connu, une mamie, ça ne sait pas se servir d'un ordinateur et ça veut des photos papier. D'une. Et de deux, une mamie c'est forcément vieux et mal habillé, je crois que certaines apprécieront. Et de trois, une mamie ça ne pense qu'à ses enfants et petits-enfants à longueur de temps. Ca n'a pas d'autre occupation, ces pauvres petits êtres alors, de grâce, prenez-les en pitié. Offrez aux mamies un nonos à ronger pour ne pas qu'elles s'ennuient. Elles seront ravies. Mieux, aux anges.

mercredi 11 avril 2007

Féministe et demie ou demi-féministe ?

Malgré son titre trompeur, ce billet n'a pas pour vocation la révison de l'accord de l'adjectif demi.

En revanche, comme son titre l'indique sans ambiguïté, il a pour seul (et maigre) intérêt de vous relater mes aventures de femme libérée de la domination masculine. Soi-disant.

Premier exemple, aujourd'hui - n'en déplaise à Bénabar - j'ai ouvert une douzaine d'huîtres. Pour ma consommation personnelle. Soit.

Deuxième exemple, cette semaine, le magasin où j'avais commandé deux bibliothèques anglaises ainsi que les lits superposés de mes fils appelle pour dire que la commande est arrivée. Des années que j'attendais d'avoir les finances pour me les offrir. Je fais les yeux doux à mon cher G. Tell pour qu'il aille les chercher. Peine perdue, il n'accepte que si je l'accompagne. Et nos trois enfants dans le camion, bien sûr.... Pas de nourrice cette semaine, sa mère avec les deux cousins en garde et la mienne chez le dentiste pour l'après-midi. Soit.

Ni une ni deux, je téléphone à mon oncle et pars avec mon aînée emprunter la fourgonnette. Conduite un peu difficile au début, je le reconnais : des à-coups, des toussotements, des embardées, mais nous sommes quand même parties et rions comme deux petites folles. Là-bas, on nous emballe les meubles et on nous charge soigneusement le petit camion. Nous nous apprêtons à partir quand je m'aperçois que je n'ai plus les clefs. Dix minutes de recherche avec le vendeur. Je les retrouve dans ma poche droite, nageant au milieu de croquettes-récompenses pour le chiot. Soit.

A la maison, personne pour nous aider à décharger le camion qu'il faut rendre le soir même. Je porte avec difficulté les deux lourdes bibliothèques ; leur poids écrase la chair de mes avant-bras qui en portent encore les marques aujourd'hui. Nous posons les bibliothèques dans le couloir du sous-sol et G. Tell me fait remarquer qu'elles sont plus larges qu'il ne les imaginait. Je lui rappelle avec humour que le magasin ne reprend pas les meubles en assemblage sur commande. Nous reprenons nos efforts et avançons vers la porte de mon bureau. Je m'engage. Ou plutôt j'essaie : le couloir se révèle si étroit que le meuble ne peut basculer pour passer la porte. Je souris en essayant de trouver une autre position. Peine perdue, les bibliothèques n'entreront pas. Qu'à cela ne tienne.

La fenêtre. Ses barreaux sont scellés mieux que ceux d'une prison.

Démonter le meuble. Il est d'un seul tenant, assemblé à l'ancienne avec tenons et mortaises.

Quand je me rends à l'évidence, quand je constate que, non, décidément, ces bibliothèques n'entreront pas dans mon bureau et que leur assemblage sur commande les empêche de s'intégrer ailleurs dans la maison, une implacable souffrance m'envahit. Chagrin de petite fille riche. Un sentiment d'impuissance et de gâchis (pas loin d'un mois de salaire pour rien). Une envie malsaine de m'en prendre aux autres mais non, c'est ma très grande faute : seule j'ai pris les mesures, seule je suis responsable. En m'obstinant sur la mesure du plafond, j'ai occulté d'envisager le passage du couloir. Mea maxima culpa.

Je pars rendre le camion à mon oncle, moins guillerette qu'à l'aller. Il me réconforte. Je vais sur le chemin rendre visite à ma mère. Elle me comprend. Soi-disant.

Et, le lendemain, de bon matin, qui vois-je en tenue de travail se lancer dans le démontage d'un bloc de trois placards du couloir ? Placards assemblés et collés au mur par un menuisier il y a fort longtemps et sur lesquels, pour simplifier l'affaire, a été posé le lambris du plafond. Autant dire que l'entreprise est risquée, pour ne pas dire hasardeuse. Je l'aide autant que possible mais j'attends la visite d'une amie et de ses trois enfants et je dois préparer le pique-nique. Midi : les bibliothèques sont en place dans le bureau, le carillon retentit. Just perfect.

Voilà maintenant deux jours que je déménage les livres de la mezzanine qui se désengorge un peu, laissant un (tout petit) peu plus de place aux livres d'enfants. Et puis, après tout, ils ont chacun leur mini-bibliothèque dans leur chambre alors je conserve - pour quelques années encore - le droit d'occuper l'espace.

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(Résultat très aéré ? comment, non ??)

Et, deux étages plus bas, je range mes livres, pestant sur leur nombre et m'évertuant sans succès à  trouver, enfin, un classement satisfaisant. Douleur de petite fille riche. Soit.

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